Hassan Chahdi conquiert le titre de champion de France en salle sur le 3000 mètres, une compétition inédite pour lui, plutôt spécialiste de cross. Et c’est justement dans l’optique du France de cross, qu’il a disputé cette épreuve.

 

3000 m hom chahdi finish

Varier les plaisirs. Trouver de la nouveauté.  Pour une nouvelle inspiration. Cet hiver, Hassan Chahdi s’est bâti une approche différente. Et en trois week-ends, il aimerait bien marquer les esprits. Avec un enchaînement très particulier. Le France en salle sur 3000 m. Le France de cross. Le semi-marathon de Paris.

Original ? A coup sûr, et également très inhabituel pour le jeune athlète qu’on a si souvent vu blessé ces dernières saisons, avec une longue traversée du désert depuis 2011 et sa médaille d’argent au France de cross.

En entendant ce qualificatif, Hassan rit. Cela aussi est un peu inédit. On l’a connu plutôt timide et réservé. Mais la vie parisienne l’a changé. Il a mûri et s’est ouvert. Il avoue : « A l’INSEP, il y a plus de monde. On fait plus de rencontres. On voit aussi des gens qui ont été beaucoup blessés, et qui racontent leur expérience. Cela aide à relativiser. »

Et cela lui a visiblement réussi ! Ces échanges lui ont permis de dépasser ces problèmes, et de se projeter de manière différente : « Je veux me faire plaisir. C’est pour cela que je veux enchaîner. » Il veut ainsi capitaliser sur plusieurs mois d’entraînement régulier mené sans encombre.

Son adaptation à l’INSEP est maintenant réussie. La première année avait été plus rude qu’il ne l’avait prévu, et cette deuxième année rime avec équilibre, entre les cours d’ergothérapie dans le 20ème arrondissement, l’entraînement sous la houlette de Jean Claude Vollmer, aux côtés de Bryan Cantero et Morahd Amdouni, ses rivaux et néanmoins amis avec lesquels il partage tout son temps.

Chaque week-end, Hassan repart aussi voir sa famille en Isère. Une habitude qu’il a ajoutée depuis la rentrée : « Cela me fait du bien. L’année dernière, je ne rentrais pas. Je me mettais beaucoup de pression. J’étais trop concentré. Finalement, ce n’est pas bon pour le mental ! »

5ème au Cross Ouest France

Plus serein, Hassan a ainsi bâti une stratégie différente pour son hiver, s’orchestrant avec en point de mire, son premier semi-marathon à Paris. Il a parsemé ce cheminement de plusieurs rendez-vous, abordés de plusieurs manières : « Certaines compétitions sont prises comme des entraînements. Par exemple, j’ai fait 2 courses de 10 km sans trop donner. Et pour d’autres, je dois puiser dans mes réserves. Comme pour le cross du Mans, vraiment fixé comme un objectif par mon coach. »

Et Jean Claude Vollmer avait vu juste. Son protégé termine 5ème, et premier Français. Quelques semaines plus tard, il confirme que son come-back est bien engagé, avec  une 3ème place sur 3000 mètres au Meeting de Mondeville.

C’est aussi une surprise car il n’a jamais vraiment tâté de l’indoor, avec seulement deux courses à son actif dans sa carrière, un 1500 m en junior et un 3000 m en 2013. Mais Hassan apprécie : « J’aime bien l’ambiance, on est serrés. Mon gabarit passe bien. Je peux mettre du rythme dans les virages. »

Un Finish au mental

La démonstration d’Aubière a été probante. Hassan propulsé en tête dès le départ, puis avalé par Mehdi Akaouch, et Alexandre Saddedine, avant de se relancer pour un très beau final, qui l’a comblé : « Je suis content de mon finish. »

Pourtant tout n’a pas été tout à fait comme il l’avait prévu. Le chrono espéré se situait autour de 8 minutes, mais très vite, l’athlète a compris que cette performance ne serait pas au rendez-vous : « Je n’avais pas de très bonne sensations. J’ai vu que je n’avais pas les jambes. »

Cependant, il en aurait fallu plus pour le troubler… Il savait qu’il abordait cette compétition après une semaine normale et comme une séance de rythme dans l’optique du France de cross. Il en ressort heureux, d’avoir pu résister au retour de ses rivaux : « Cela n’a pas été facile de voir les autres revenir. Mais je finis au mental. Je montre que je suis là ! »

L’avertissement est lancé à ses adversaires du France de cross de la semaine prochaine. Car ce France-là est justement sa priorité absolue.

> Texte : Odile Baudrier

> Photos : Gilles Bertrand