Wang Junxia en 1993 (dossard 140)

Wang Junxia en 1993 (dossard 140)

Allons-nous enfin connaître la vérité sur les records de la Chinoise Wang Junxia, sacrée championne du monde du 10 000 en 1993 et championne olympique en 1996 sur 5000 ? Une lettre de confession écrite de sa main il y a 20 ans vient d’être publiée par la presse chinoise. Cette jeune athlètes embrigadée dans l’Armée de Ma révèle avoir été dopée pour arriver à de tels résultats. 

 

Alors que les méthodes russes sont aujourd’hui dévoilées dans un immense fracas, la Chine pourrait être amenée à s’assoir, elle aussi,  sur le banc des accusés.

Les raisons d’une nouvelle mise en accusation sur fond de dopage d’Etat ? Une missive, rédigée en 1995 par Wang Junxia, un document écrit en mandarin où la détentrice du record du monde du 3000 et du 10 000, déclare s’être dopée.

Pour l’heure, personne ne peut valider l’authenticité de ce document gardé dans le plus grand des secrets, et publié récemment par la presse chinoise.

wangSignée par Wang Junxia et neuf autres membres de l’équipe, cette lettre pourrait ouvrir enfin le dossier « Armée de Ma », impliquant l’entraîneur Ma Junren dans un authentique système de dopage étatique. Rappel des faits.

« L’Armée de Ma », c’est ainsi que l’on surnomme ce bataillon de jeunes filles soumises à un régime pénitencier sous la conduite d’un entraîneur tortionnaire Monsieur Ma, pour devenir les meilleures coureuses du monde.

Personne n’y prête attention, mais sur le champ de cross de Boston en 1992, une petite délégation est présente. Cinq jeunes filles fraîches comme des pétales de rose qui se classent cinquième au classement par équipe alors que Wang Junxia est à deux doigts de remporter le titre face à Paula Radcliffe.

Six mois plus tard, les mêmes sont présentes, cette fois sur la piste de Séoul en Corée du Sud pour le Mondial juniors. Il n’y aura aucun partage, elles s’accaparent tous les titres du 800 mètres au 10 000 mètres remporté par Wang Junxia en 32’29’’90.

Alors enfants prodiges du demi fond chinois ou résultat d’une préparation chimique au centre de haut niveau de Shenyang ? Suivons pas à pas la saison 1993 de Wang Junxia. Le 4 avril, alors qu’elle n’a que 20 ans (officiellement 18 ans), elle réalise 2h 24’07’’ sur la route du marathon de Tianjing. Six autres Chinoises réussissent moins de 2h 26’. Une semaine plus tard, de nouveau en Corée, lors d’un Ekiden, l’équipe chinoise ridiculise les Kenyanes reléguées à plus de 3 minutes. Wang Junxia au 4ème relais est l’artisan de ce succès. Le 4 et 6 juin à Jinan, lors des sélections pour le Mondial de Stuttgart, elle réalise 8’27’’68 au 3000 mètres et 31’08’’42 sur 10 000 mètres.

A Stuttgart, sur la piste du Neckar Stadium, ces jeunes femmes habillées de blanc et de rouge sont bien l’attraction de ce Mondial. Au final, elles remportent 8 médailles, Liu Dong s’impose sur 1500 m en 3’50’’50, le podium du 3000 m est trusté par les Chinoises alors que Wang Junxia remporte le 10 000 m en 30’49’’30.

Monsieur Ma est bien entendu pressé de questions car la rumeur gonfle : nourriture ancestrale, entraînement en haute altitude, un kilométrage quotidien de 40 km… Physiologistes, entraîneurs sont sceptiques, des voix s’élèvent, le scandale couve. En fin de championnat, Monsieur Ma lève le petit doigt pour annoncer : « Stuttgart n’est qu’une étape, car pour nous, le plus important est de réussir nos Jeux Nationaux ».

Les National Games sont organisés en Chine tous les quatre ans, un succédané de J.O. où les provinces chinoises s’affrontent et s’entredéchirent. Disputés en octobre 1993, trois records du monde tombent, l’armée de Ma a encore frappé. 8’06‘’ 11 sur 3000 m et 3’50’’46 par Yunxia Qu et 29’31’’78 par Wang Junxia sur 10 000 m (soit un gain de 42 secondes).

22 ans plus tard, « L’Armée de Ma », c’est un furoncle que la Chine n’a jamais guéri et qui pourrait enfin éclater. A ce jour, le mystère restait entier sur ces performances d’un autre temps que le professeur Owen Anderson prévoyait pour 2020 en dénonçant le facteur X qui interviendrait dans la préparation des Chinoises poussée à son extrême (testostérone, hormone de croissance et EPO), à des seuils critiques que seuls les hommes peuvent supporter.

Ce courrier manuscrit est explicite sur les méthodes de Ma Junren. Ces jeunes filles auraient été contraintes de prendre de grandes doses de drogues illicites sur plusieurs années. Wang Junxia de frémir ainsi : « Nous sommes des êtres humains, pas des animaux. Nos sentiments sont désolés. Nous sommes aussi inquiets de nuire à la renommée de notre pays et de réduire la valeur des médailles d’or, alors que nous avons travaillé très dur pour les obtenir. »

Selon le site internet « Inside The Games », une enquête a été ordonnée par l’IAAF afin de vérifier l’authenticité de cette lettre qui avait été envoyée à un journaliste répondant au nom de Zhao Yu. Pour cela, la fédération internationale aurait demandé l’aide de la fédération chinoise. Même s’il y a prescription, des voix s’élèvent déjà pour que ces records soient rayés des tablettes officielles. Wang Junxia championne olympique en 1996 sur 5000  et médaillée d’argent sur 10 000 (et…jamais convaincue de dopage) pourrait se voir délestée de ses performances d’un autre temps. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

 

> Texte et photos Gilles Bertrand