Gaëtan Pernet, Audrey Chevrier et Clément Giraud, (de g. à dr.)

Gaëtan Pernet, Audrey Chevrier et Clément Giraud, (de g. à dr.)

 

Le Mans, Ententes et Mésententes : acte 3. Après une année de tumulte et de déchirement, Endurance 72 a besoin de retrouver de la confiance. Champion de France de cross avec les féminines en 2015, c’est au Bois de l’Epau que ce club qui a refusé d’intégrer l’Entente Sarthe Athlétisme, entend retrouver son leadership le 6 mars prochain et faire taire les détracteurs. Un France de cross sous haute tension ! 

 

Il dit bien manquer de confiance en lui mais Clément lorsqu’il veut défendre son point de vue, il l’ouvre. Un jour ordinaire, un soir d’AG, il s’est exprimé ainsi : « On ne parle que d’argent, mais les résultats sont là ».

L’Endurance 72 est alors en pleine crise de nerf, des accusations à tort et à travers, des suspicions, on parle même d’escroquerie pour quelques bouteilles de champagne. C’est sans défense, sans appel, sans preuves tangibles. On balaye les caniveaux, encore des histoires d’égo. Des départs se précisent, Anouar Assila règle ses comptes. Clément se souvient encore d’une AG : « Certaines personnes avaient plus de primes que d’autres ». Des scissions se murmurent, se précisent. Un conflit prudhommal n’arrange rien avec Philippe Hayet, l’entraîneur maison. L’Endurance 72 à qui certains reprochent également son côté purement élitiste, prend l’eau par les flancs.

De l’encre à couler, de la salive, des pleurs aussi, Clément Giraud a traversé les tourments d’une année 2015 agitée. Il s’est essuyé le front, parfois il a bouché ses oreilles « on s’est mis à l’écart, on n’était pas visé directement, mais on ne pouvait pas s’empêcher d’aborder le sujet ». Aujourd’hui, il est serein. Son récent titre de champion régional de cross chez les juniors l’a conforté dans ses choix.

Au club, il s’investit. Suivons le en cette soirée d’entraînement. La nuit est tombée sur le stade. Temps humide, des ondées en rafales ont noyé tout l’après midi les abords de la rivière. Clément accompagné d’Audrey Chevrier, elle aussi championne régionale de cross chez les espoirs, porte un gros sac bleu. C’est soirée crêpes au club. Une ribambelle de gamins ont encore des fourmis dans les guiboles pour rejoindre au sprint un auvent sommaire où Clément et Audrey, tous les deux un genou à terre, déplient soigneusement, un empilage de crêpes fragiles comme de la dentelle. Les enfants sont sages, bien alignés, sans mot dire. Ils attendent leur tour, Clément leur tend une crêpe, ils sont timides, ils sont polis, ils disent merci.

le mans endurance 72 clément a

Soirée crêpes après l’entraînement pour les jeunes de l’école d’athlé

« Moi, j’étais badminton ». Il faut un début à une histoire. Mais, taper dans un volant à plumes, il se lasse et gagne l’Endurance 72, un temps avec Philippe Hayet pour rejoindre ensuite Gaëtan Pernet, le fils du président. Clément Giraud n’a pas fait Bac S pour rien, il est clair, net et précis dans ses commentaires : «Je cherchais un entraîneur qui puisse m’emmener vers mes objectifs et Gaëtan était en pleine construction d’un projet pour Le Mans, celui d’emmener une équipe au France. Il est jeune, il ressent, il parle comme nous. Maintenant, les bases sont posées ».

Des petits, des perches, des bambins, Clément distribue ses crêpes, Gaëtan n’est pas loin. Il joue le grand frère. Pas sûr qu’il soit écouté, chacun attend sa gourmandise.

Au sein de l’Endurance 72, Gaëtan Pernet est donc le fils de…Il parle avec beaucoup de franchise et de fraîcheur. Il n’aurait pas été « fils de… » sans doute, n’aurait-il jamais entraîné. Mais il a donné un coup de main, il s’est pris au jeu, il s’est mis à courir, il s’est mis à entraîner. Le CTS lui dit un jour : « Inscrits toi au second degré, tu as de bonnes choses à apprendre ». Ainsi le groupe s’étoffe, passant de 4 à une trentaine de jeunes, Audrey dont les parents sont au club d’Arnage, est l’une des premières à lui faire confiance.

Gaëtan a également essuyé toutes les tempêtes. En première ligne, comme son père, se prenant l’écume salée des grosses vagues : « On a même accusé mon père d’évincer des gens pour que je prenne la place ». Gaëtan cherche les mots, ça vient du cœur : « J’ai appris à mettre de la distance entre mon père et mon père – président. Heureusement, on est resté soudé. Mais j’ai bien failli tout envoyer promener». Avec son groupe, il joue ainsi le rôle de paravent, de paratonnerre, la foudre ne doit pas tomber sur eux : « J’ai eu de la chance d’avoir des athlètes ».

Gaëtan  a besoin d’apprendre, il ne s’en cache pas et ne prétend pas tout savoir. En ces temps troublés, la modestie l’emporte. Avec son groupe, il communique via un facebook privé, des petits conseils, des horaires à rappeler. Clément y est sensible. Pour le reste, la motivation à réussir…le junior en L1 Staps Kiné, est déjà très concentré sur ses objectifs, les Inters puis le France, à la maison, non loin de l’Epau, à fleur de peau. Pour se frotter à la Génération 97, c’est ainsi qu’il baptise les juniors qui ont déjà porté le maillot tricolore, Fabien Palcau, comme leader, comme exemple, il en faut toujours un.

Régis Pernet dans le local du club

Régis Pernet dans le local du club

Un France pour oublier, pour lisser le sable après la tempête, pour réparer les cordages, c’est enfin. La ribambelle de gamins de l’école d’athlé s’évanouit dans la nuit, Clément referme son sac bleu et se lèche le bout des doigts, Régis Pernet se confie dans le petit vestibule attenant à la piste, une seule ampoule au plafond, quelques coupures de presse punaisées au mur, un 3 x 3 pas plus grand qu’un camping car. Les banquettes écossaises rappellent à s’y méprendre la déco d’un van des années 70. Il n’y fait pas chaud, un petit radiateur d’appoint souffle un air tiède : « Ce qui m’a sauvé, c’est que je n’avais rien à me reprocher. J’étais sûr de moi, et mes collègues aussi ». Régis Pernet en prenant la présidence du club en 2011, ne s’attendait pas à déclencher le signal d’alarme : « On vous poignarde, mais je n’ai pas baissé la tête. Les dissidents m’ont sali, ainsi que ma famille. Mes enfants ont été traînés dans la boue. Je peux le dire, la présomption d’innocence, ça n’existe pas ». Le trou est béant dans la coque.

Le navire en pleine tempête aurait pu s’amarrer à la nouvelle Entente conduite par Laurent Boquillet. Régis Pernet qui a pourtant vu impuissant une cinquantaine de licenciés changer de voilure, est catégorique : « Nous étions unanimes pour dire non. L’Entente, c’étaient des choix imposés. Moi, je n’aime pas que l’on m’impose des choix ».

Le 6 mars prochain, sur l’anneau équestre du Mans, l’Endurance 72 sera au combat. Régis Pernet de prévenir : « Si on utilise le mot bataille, alors oui on va se battre. Cette fois ça sera sur le terrain du cross ». Endurance 72 pris en étau n’a pas d’autre choix.

> Texte et photos Gilles Bertrand

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Régis Pernet veut désormais se battre sur le terrain du cross

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