Voilà près d’un an que Renaud Lavillenie a battu le record du monde en salle, avec 6.16 mètres, à Donetsk. A l’heure de cet anniversaire, la guerre vient de franchir un cap dans cette ville en proie à la guerre civile, avec la chute de l’aéroport. Presqu’au même moment où le Français a renoué avec le succès, à Reno dans le Nevada, et pratiquement un an plus tard, il passait 6.01 mètres à Nevers.

 

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15 février 2014. La date est gravée dans le marbre de l’histoire de l’athlétisme. Ce jour-là, Renaud Lavillenie s’approprie le record du monde salle, avec 6.16 mètres. Il éclipse ainsi la marque de Sergey Bubka, les 6.15 mètres établis le 21 février 1993, dans cette même salle du Palais des Sports de Droujba. Sergey Bubka, lui-même, est présent ce jour-là pour assister à la perte de son bien. Et l’ambiance dans cette Arena reflète joie et bonne humeur.

L’horreur n’est pourtant pas bien loin, et à quelques jours près, ce record n’aurait pu être établi, le contexte politique ne permettant plus de garantir la sécurité du meeting. Déjà en janvier, des clashes avaient opposé les Ukrainiens pro-Europe et les forces de police, et immédiatement après la mi-février, les combats s’intensifiaient et se soldaient par des morts. Le Président Ukrainien, Yanukovych, quittait son pays à peine six jours après le meeting, le 21 février, laissant libre cours à une véritable guerre civile.

Quelques mois plus tard, le 29 mai, le Palais des Sports de Droujba est détruit, et s’envole ainsi un lieu mythique pour le hockey sur glace, et pour la perche, les trois meilleurs perchistes au monde, Bubka, Elena Isinbaeva, et Renaud Lavillenie y avaient établi un record du monde.

Alors que la date anniversaire du record du Français se rapproche, Donetsk s’enfonce encore plus dans la tragédie, avec déjà plus de 2000 morts comptabilisés dans l’année. La chute de l’aéroport de la ville, tombée aux mains des séparatistes après que l’armée ukrainienne ait décidé d’évacuer ce lieu qu’elle détenait depuis plusieurs mois, marque un tournant fort dans cette guerre. Quelques jours plus tôt, les images des prisonniers ukrainiens défilant dans les rues de la ville avaient déjà créé un vif malaise….

Au printemps dernier, Renaud Lavillenie n’avait pas dissimulé son émotion à l’annonce de la disparition de l’Arena de Donetsk, dans laquelle il avait si souvent sauté dans le passé avant d’y scintiller. Cet hiver, cette escale ukrainienne disparue, il a retrouvé ses habitudes pour débuter sa saison. Une étape du Perche Elite Tour à Aubière le 10 janvier, puis Reno, qu’il concluait avec 5.96 mètres, nouveau record du meeting.

Renaud Lavillenie, la réussite à Reno dans le Nevada

Dans le Nevada, la réussite était une nouvelle fois au rendez-vous pour lui, dans l’ambiance très particulière de ce rendez-vous adulé aux Etats-Unis. Les juniors et étudiants perchistes affluent de tout le pays pour ce « National Pole Vault Summit ». Dans l’immense halle d’accueil, plus de dix sautoirs sont installés côte à côte, et les jeunes talents se retrouvent avec les meilleurs perchistes mondiaux.

Renaud Lavillenie avait été conquis l’année dernière, et avait à nouveau coché ce Summit sur ses tablettes. En une année, à Reno, rien n’a changé, l’atmosphère toujours enthousiaste et bon enfant. Son entraîneur Philippe d’Encausse y est également intervenu pour un « Talk » sur la perche, pour partager son expérience et évoquer en particulier un thème très intéressant, celui de la méthode de préparation pour s’attaquer au record du monde…

Le Perche Elite Tour à Nevers

Pour parachever la démonstration, le 7 février, Renaud Lavillenie profitait du Perche Elite Tour de Nevers pour tenter d’éclipser son record en salle, mais il échouait à trois reprises à 6.17 mètres, et achevait ainsi la compétition avec 6.01 mètres, soit la 9ème marque de sa carrière au-dessus des 6 mètres ! Cette Maison des Sports de Nevers lui avait déjà souri en 2012, il revenait alors juste d’un arrêt pour une blessure à la main, et il avait réussi un très beau retour, avec 5.93 mètres.

Depuis, son record du monde est passé par là, et il s’en est fallu de très peu pour qu’il balaie ses 6.16 mètres. C’est d’ailleurs avec la même perche qu’à Donetsk, que le perchiste s’est élancé pour tenter d’y réussir…

 

> Texte : Odile Baudrier
> Photo : Gilles Bertrand