Wayde Van Niekerk s’est approprié le record du monde du 400 mètres et le titre olympique, au terme d’une course d’anthologie menée au couloir 8. Le Sud-Africain de 24 ans entraîné par une femme de 75 ans éclipse avec 43’’03 ainsi la marque de Michael Johnson, vieille de 17 ans. Une réussite qu’il veut imputer à Dieu.

Wayde Van Niekerk

Wayde Van Niekerk

DIEU. C’est Dieu que Wayde Van Niekerk a remercié immédiatement après son record du monde. C’est Dieu que l’Ethiopienne Almeraz Ayana avait elle aussi invoqué pour expliquer le sien, sur le 10.000 mètres.

Et il est bien vrai que la course de Wayde Van Niekerk tient du miracle. Il décroche son record du monde au couloir 8, tout en aveugle. C’est exceptionnel, et comme le rappelle Pierre Jean Vazel, sur le site « TrackStats », l’histoire de l’athlétisme recense un seul précédent, Eric Lendell, victorieux aux JO de Paris en 1924, avec le record à 47’’6. C’était il y a donc près d’un siècle…

Mais Dieu peut-il suffire à expliquer une telle performance qui a terrassé tous ses rivaux ?? Kirani James et Lashanw Merritt se pensaient probablement protégés par le mauvais couloir reçu par Wayde Van Niekerk, qui paraissait le sortir de son rang d’ultra favori avant ces JO.

Car le Sud Africain pouvait se targuer d’un triptyque effarant : 9’’98 sur 100 m – 19’’94 sur 200 m – 43’’48 sur 400 m et maintenant donc 43’’03. Trois références lui permettant d’être le premier athlète au monde capable d’éclipser trois barrières mythiques, les 10 secondes, 20 secondes, 44 secondes, et qui sait bientôt les 43 secondes ???

Une foulée de 2.7 mètres

Les analyses se succèdent aux analyses (comme celle de Pierre Jean Vazel, pointant l’amplitude de 2.70 mètres de la foulée) pour comprendre des performances dignes d’un extra terrestre. D’autant que derrière cette réussite, ne se dissimule pas un coach vedette bardé de références et de médailles, mais une « mamie » âgée de 75 ans.

Lorsqu’Anna Botha est apparue sur le devant de la scène l’année dernière après le titre mondial surprise conquis à Pékin, on put croire un moment à un canular. L’article paru dans « City Press News » en Afrique du Sud est d’ailleurs le plus consulté de ce site. Anna Botha est bel et bien l’entraîneur supervisant la préparation du jeune athlète à Bloemfontein, où elle exerce la fonction de Head Coach pour l’Université du Free State. Elle y a accueilli fin 2012 le jeune homme qu’elle avait remarqué dès 2010 et sa 4ème place sur 200 mètres au Championnat du Monde junior.

Anna Botha a passé près de 5 décades à entraîner, mais avant Van Niekerk, sa seule distinction lui avait été ramenée par Thuso Mpuang, deux fois médaillé sur des Championnats du Monde Universitaires. C’est bien maigre pour aborder le très haut niveau, et la mamie découvrait ainsi à Pékin son premier championnat du monde, et à Rio ses premiers JO.

La caution de Glen Mills et Usain Bolt

La Fédération Sud Africaine a-t-elle pris conscience que ce contexte particulier pouvait susciter questions ? En tout cas, elle a organisé pour Mamie Botha et son protégé un stage dans le fief mondial du sprint, en Jamaïque. C’est ainsi que Wayde Van Niekerk a partagé sur la piste de l’Université de West Indies des entraînements avec Usain Bolt, sous l’œil exercé de son coach Glen Mills. Et cette référence mondiale de prédire que le record du monde était à la portée du jeune Sud-Africain.

Deux mois plus tard, il concrétise, et se révèle ainsi capable de descendre de 48 secondes à 43’’03 en quatre saisons seulement. Le miracle a bien eu lieu…

 Texte : Odile Baudrier
 Photo : Getty/IAAF.