Lors du récent marathon de Philadelphie, deux médecins américains proposaient un concept  étonnant pour s’hydrater avant l’épreuve : une perfusion de vitamines injectée par intraveineuses. L’entraîneur Steve Magness, connu pour sa mise en cause des méthodes d’Alberto Salazar, n’a pas manqué de s’insurger sur une telle pratique, prohibée par les règles anti-dopage.

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C’est au Salon du Marathon de Philadelphie que la méthode développée par deux médecins de cette ville, Jason Hartman et Jonathan White, est apparue au grand jour. Présentée tout simplement sur un stand s’intitulant « Restore IV, thérapie intraveineuse – thérapie révolutionnaire intraveineuse de vitamines et nutriments ». Et un grand panneau écrit à la main explicite mieux le concept en affichant : « Pre-Race Hydratation – 99 dollars ».

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Un espace qui a attiré l’attention de Brad Stulberg, journaliste pour divers médias américains, et qu’il a dévoilé, photo à l’appui, par un tweet, immédiatement relayé par Steve Magness, avec ce commentaire : «  Bon à savoir qu’ils font la promotion à l’Expo d’une activité interdite par l’Agence Mondiale Anti Dopage. »

Le procédé a ulcéré Steve Magness, qui s’est fait connaître au grand public au printemps 2015, lorsqu’il témoigne auprès de « Pro Publica » et de la BBC à charge contre Alberto Salazar. Le jeune Steve Magness a débuté comme assistant coach auprès d’Alberto Salazar, mais a rapidement pris ses distances, choqué par divers procédés utilisés par le célèbre entraîneur californien, qui lui apparaissaient douteux sur le plan de l’éthique. Finalement, après bien des soubresauts, l’affaire Salazar a accouché d’une souris, le coach blanchi par la Fédération Britannique, et sans suite auprès de la Fédération Américaine.

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Steve Magness

 

Toutefois elle avait mis en évidence des pratiques « border-line », comme celles des injections par intraveineuses, utilisées par Alberto Salazar pour faciliter la récupération de ses athlètes, et qui ont été interdites par les règles anti-dopage à partir de 2012, avec toutefois un accord pour des perfusions inférieures à 50 ml.

C’est un business

La méthode préconisée par les deux médecins de Philaldelphie s’inscrit dans une démarche plus globale, le recours aux intraveineuses pour l’injection de vitamines dans une optique santé-forme, et comme le dévoile leur site «RESTOREIV.COM», le duo a développé plusieurs types de traitements, dédiés à la migraine, la beauté, le détox, le renforcement immunitaire, et avec deux cocktails utilisables pour les sportifs, le « performance », conseillé après l’effort pour la récupération, et le « pure », complexe de base que les runners sont justement incités à utiliser avant leur marathon, pour mieux s’hydrater.

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Jason Hartman

 

Le projet des deux hommes est récent, depuis début 2016, mais la presse américaine y a consacré plusieurs sujets, valorisant les avantages sur le plan santé de tels traitements, conçus par Jason Hartman, ostéopathe, acupuncteur, spécialiste de médecine neuromusculaire, pratiquant de la prolothérapie, une technique de soins des lombalgies. Ce thérapeute multi-disciplinaire intervient dans diverses cliniques privées autour de Philadelphie, et c’est au sein de Vincera Institute qu’il a conçu le système des perfusions de vitamines en intraveineuse, sur laquelle la presse économique de Philadelphie n’a pas hésité à titrer « C’est un business ! »

Et la déclinaison « running » trouve évidemment tout son sens dans un marché de la course à pied américain en plein développement. Mais on ne peut s’empêcher d’estimer cette approche plus que douteuse, avec cette banalisation d’une thérapie médicale détournée à des fins de confort et performance. La perfusion permet au foie de recevoir directement des glucides, un atout évident durant un marathon…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.