Corticoïdes, cannabis, cocaïne, produits interdits ? Oui ET non

7 février 2021

Les corticoïdes, le cannabis, la cocaïne sont-ils des produits interdits par les règles anti-dopage ? oui ET non. Oui lorsqu’ils sont utilisés en compétition. Non lorsqu’ils sont absorbés hors compétition. Une règle compliquée à appliquer qui fait hurler les puristes de la lutte anti-dopage !

Les règles antidopage changent pour le trio des 3C. Les corticoïdes se retrouvent interdits en compétition à partir de janvier 2022. La cocaïne et le cannabis sont, eux, autorisés en-dehors de la compétition à partir de janvier 2021.

Deux changements majeurs. La mise au ban des corticoïdes par l’Agence Mondiale Anti Dopage était très attendue, en particulier dans le cyclisme. David Lappartient, le patron de l’Union Cycliste Internationale, n’a pas manqué de s’en enthousiasmer, lui qui avait affiché son hostilité aux corticoïdes dès sa nomination à la tête de la fédération internationale. Et il avait même espéré que cette nouvelle réglementation s’applique dès 2019. Il faudra finalement trois ans de plus pour aboutir à ces contraintes plus fortes dans l’utilisation des corticoïdes.

Plus d’injections de cortico qui boostent

Lesquelles ? Celles d’interdire les injections de cortico en compétition. En clair, fini ces victoires d’un athlète « shooté » par des injections faites à quelques minutes d’une finale mondiale ou olympique, et « officiellement » effectuées pour réduire les inflammations des tendons. Les corticoïdes étaient déjà interdits en compétition sous forme orale, rectale, intraveineuse ou intramusculaire.

Une vraie victoire pour l’anti-dopage ? Certainement pas, s’esclaffe Antoine Vayer, qui joue les trublions pour parler de « leurre ». Et le très réaliste entraîneur de souligner : « Le dopage se pratique hors compétition. Les crèmes et tricheurs aux corticoïdes ont de beaux jours prétexte devant eux »…

Jonathan Vaughters, un autre observateur avisé, ancien cycliste dopé, et favorable à une évolution plus rapide des règles anti-dopage, insiste, lui aussi, sur les problèmes d’interprétation posés par cette autorisation Hors compétition « Le diable est dans les détails. Comment exactement peut-on déterminer si les corticoïdes ont été pris avant la compétition ou pendant ? Apparemment, l’utilisation hors compétition est toujours possible. Sans restriction ? On peut encore prendre des cortico pour perdre du poids ??? »

Trois mois de suspension pour la cocaïne et le cannabis

Oui avant, et non pendant. C’est donc désormais la même règle qui s’applique aussi pour la cocaïne et le cannabis. Le code mondial a bouleversé les donnes depuis le 1er janvier 2021. Avec par ricochet un changement radical sur les suspensions. Un contrôle positif à la cocaïne valait 4 ans, il ne sera plus sanctionné que par 3 mois. Idem pour le cannabis, qui passe de deux ans à trois mois. A condition que le sportif démontre qu’il a sniffé ou fumé en-dehors de la compétition, et que sa performance n’a pas bénéficié de ces produits…

Les conséquences sont immédiates. Tout sportif suspendu pour ces produits peut demander à bénéficier immédiatement des nouvelles règles. C’est ainsi qu’au Royaume Uni, l’Agence anti-dopage a réduit les suspensions de sept athlètes concernés, pour les amener à trois mois au lieu de deux ans.

En Algérie, c’est le footballeur Lyes Benyoucef qui s’est vu autorisé à rejouer alors qu’il avait été suspendu quatre ans en 2019 pour prise de cocaïne.

Cette fois, l’indignation vient de Pierre Sallet, créateur du Programme Quartz qui lâche : « C’est bon à savoir qu’une drogue qui diminue la douleur n’a pas d’impact sur la douleur durant une performance… »

Texte : Odile Baudrier

Photo : DR.