Cinq suspensions en un jour, carton plein pour l’anti-dopage

2 mai 2020

C’est une situation inédite que ce premier mai 2020 où l’AIU a annoncé cinq suspensions dans la même journée ! Deux concernent des Kenyans, et deux autres des sprinteuses américaines. Et ça, aussi, c’est une surprise…

Ce n’est peut-être qu’un hasard du calendrier, mais c’est un signal fort que celui qu’a envoyé l’Athletics Integrity Unit en ce premier mai 2020. Du jamais vu, avec tout bonnement cinq suspensions annoncées dans la même journée, quatre à titre provisoire, et une définitive.

Celle-ci n’est pas la plus significative, elle concerne Sandeep Kumari, une Indienne lanceuse de disque de seconde zone, qui reçoit une suspension de quatre ans remontant à juin 2018.

Les quatre suspensions provisoires annoncées ce jour confirment une nouvelle fois que le Kenya est bien leader dans le domaine du dopage, avec deux nouveaux noms mis en cause, Alex Korio Olioptiptip, pour défaut de localisations, et Mikel Kiprotich Mutai, pour contrôle positif à la norandrosterone.

Alex Korio Olioptiptip pouvait se targuer d’un chrono de 58’51’’ sur semi, en 2017, et de 27’34’’ sur 10 km route l’année dernière, marquant un progrès de 40 secondes à près de 30 ans, il avait terminé 8ème en janvier aux 10 km de Valence. Mais comme l’a découvert le journaliste Nick Butler, de la télévision allemande ARD, il faisait partie des “lièvres” de Kipchoge durant son record du monde du marathon à l’automne 2019, et il travaillait avec le manager Federico Rosa (qui a tenu à préciser au site “Let’s Run” que leur collaboration a cessé en novembre 2019).

Quant à Mikel Kiprotich Mutai, qui est-il vraiment ? Ce marathonien de 37 ans qu’on a retrouvé sur quatre marathons en Chine l’année dernière, dans de chronos variant entre 2h12’ et 2h25 ? Ou bien s’agit-il de Michael Kiprotich Mutai, qui semble n’avoir débuté sur le marathon qu’à 30 ans, par un chrono de 2’h14 à Nice-Cannes en 2015, et n’avoir ensuite enregistré que deux autres performances, dont la 14ème place à Barcelone en 2019, en 2h24’ ?

Bref, de nouveaux Kenyans à ajouter sur une si longue liste… Mais l’AIU a cette fois frappé hors de l’Afrique de l’Est, avec deux sanctions provisoires de deux sprinteuses américaines.

Enfin, diront certains, tant les Etats-Unis apparaissent peu représentés dans les listes des athlètes suspendus pour dopage. Si bien que l’absence d’un tel mastodonte athlétique apparaît plus que louche… Et tout récemment, après l’annonce d’un nième cas de dopage d’un Kenyan, un observateur anti-dopage n’avait pas hésité à s’exclamer : « Je ne sais pas ce qui m’étonne le plus. C’est qu’il y ait encore un Kenyan dopé. Ou bien qu’il n’y ait jamais d’Américain ou de Britannique ??? »

Une ancienne d’Harvard, oh quel choc !

Ce sont donc deux jeunes spécialises du 200 mètres, Deajah Stevens et Gabrielle Thomas, qui se voient mises à l’index, pour le même motif, celui de manquements dans leur localisation.

L’affaire a de suite pris une vraie ampleur dans le monde de l’athlétisme US, de par leur historique. Deajah Stevens compte parmi les leaders mondiales, un record à 22’’09, 7ème aux JO 2016, 5ème au Mondial 2017. Quant à Gabrielle Thomas, elle représente l’avenir de la discipline avec son titre de championne NCAA en 2018, et devenue coureuse pro pour New Balance.

Les spécialistes ne s’y sont pas trompés : Robert Johnson, et Jonathan Gault, journalistes pour le site Let’s Run, comme Chris Chavez, pour « Sports Illustrated » se sont écriés à une telle annonce. Surtout parce que Gabrielle Thomas a représenté l’Université d’Harvard, la référence ultime aux Etats-Unis.

Toutefois, la jeune sprinteuse est bien décidée à se défendre, et son agent, Paul Doyle, a transmis son communiqué de presse, où elle affirme pouvoir prouver que le 3ème no show n’est pas justifié. Et c’est des termes très offensifs qu’elle conteste le professionnalisme du contrôleur anti-dopage, en affirmant disposer de preuves qui lui permettront d’échapper à la suspension de deux ans promise pour de tels manquements. Cela rappelle le cas de Christian Coleman, qui, l’année dernière, dans la même situation, avait gagné sur tapis vert et avait ensuite remporté quelques mois plus tard le titre de vice-champion du monde du 100 mètres.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photos : D.R.