Caster Semenya serait prête pour un come back au plus haut niveau. Après deux saisons blanches, la Sud Africaine espère se qualifier pour le Championnat du Monde de Pékin. La polémique autour de son sexe en serait très certainement relancée.

 

Caster Semenya espère revenir au plus haut niveau. Une bonne chose pour le 800 mètres ???

Caster Semenya espère revenir au plus haut niveau. Une bonne chose pour le 800 mètres ???

La chute de Caster Semenya a été brutale et sans appel. Aussi puissante finalement que l’avait été son ascension. En deux mois à l’été 2009, la Sud Africaine était apparue au firmament de sa discipline, pour créer l’une des plus fortes controverses de l’histoire de l’athlétisme autour de son « sexe » véritable. On retrouvait cette fille de 18 ans aux allures tellement masculines capable de courir le double tour de piste en 1’55’’ contre 2’04’’ l’année précédente !

Une tourmente dont elle ressortait en 2011 en quelque sorte réhabilitée, l’IAAF la qualifiant après multitudes analyses comme de « sexe incertain », et l’autorisant par ricochet à courir contre des femmes complètement femmes, elles. Caster Semenya retrouvait alors son niveau pour poursuivre sa conquête de médailles, avec de l’argent au Mondial de Daegu et aux Jeux Olympiques de Londres.

Mais après les Jeux, sa courbe de performances s’incurvait d’un seul coup, et elle n’évoluait plus qu’aux antipodes de ses chronos antérieurs. On mettait alors en cause les traitements hormonaux sous-jacents à sa particularité génétique. Deux repères jettent un éclairage particulier sur sa dégringolade : son incapacité à se qualifier pour le Championnat du Monde de Moscou en 2013 et son blocage pendant deux saisons bien au-delà de la barrière des 2 minutes qu’elle avait gommée à 17 reprises précédemment…

Malgré ces péripéties, Caster Semenya ne s’est jamais tenue éloignée des pistes. C’est peut-être le plus surprenant si l’on considère qu’elle a souvent été accusée de vouloir profiter des primes en dollars revenant au top niveau mondial, et que l’imbroglio autour de son sexe paraissait savamment entretenu par la Fédération Sud-Africaine, également pour des motifs financiers.

Après Maria Mutola, Jean Verster, comme entraîneur

Pourtant deux années blanches ne l’ont pas dissuadée, et pas plus les problèmes avec son entraîneur Maria Mutola qui la conseillait depuis sa préparation pour les Jeux de Londres. Elle avait fait le choix de la Mozambicaine, pour son extrême connaissance de sa discipline du 800 mètres, qu’elle avait si longtemps dominée.

Mais même si elle vivait à Pretoria, où elle s’était installée après 15 ans aux Etats-Unis, Maria Mutola n’était pas suffisamment disponible pour conseiller Caster Semenya et étonnamment, la collaboration entre elles-deux n’a pas fonctionné.

En fin d’année 2014, Caster a fait le choix de revenir vers Jean Verster, un entraîneur très réputé en Afrique du Sud, où il dirige aussi l’Institut des Sports de Haute Performance à l’Université North West de Potchefstroom, et a joué également un rôle majeur dans le développement de l’accueil d’athlètes de haut niveau du monde entier pour des stages.

C’est auprès de cet homme de 50 ans, lui-même ex-athlète de niveau national, sur 1500 m, 3000 m et cross que Caster Semenya s’est reconstruite pour retrouver son niveau. Elle l’espère en tout cas, même si elle veut demeurer prudente quant à son retour au plan international.

Ses premières compétitions en Afrique du Sud seront en tout cas très suivies. Dans son pays bien sûr, où elle demeure extrêmement populaire, comme elle l’a confié au journaliste Nazli Hamilton « Partout où je vais, je reçois des encouragements des fans. Je réalise que je suis un modèle. »

Et à l’étranger, l’intérêt sera tout aussi fort pour ce come-back, qui ramènera sur la piste une personne que six ans plus tard, on a toujours autant de mal à considérer comme rivalisant à armes égales avec les athlètes féminines. Mais dans ce dossier délicat, le politiquement correct a eu le dessus sur le banal bon sens et les simples constatations physiques…

 Texte : Odile Baudrier
 Photos : Gilles Bertrand