Cassandre Beaugrand ne cesse d’étonner. Par ses qualités athlétiques et le niveau de son entraînement, mais également par son « Fighting spirit », qui lui permet de terrasser ses adversaires. Ce week-end à Guiyang, pour le Championnat du Monde de cross, elle vivra une « Première », et bien décidée à se mêler à la lutte avec les Africaines.

 

Cassandre Beaugrand

Cassandre Beaugrand

Cassandre Beaugrand n’a pas encore 18 ans, et elle a déjà inscrit à son palmarès trois titres de championne de France de cross, deux records nationaux, une 10e place en finale du 1500 mètres des mondiaux juniors, la 7ème aux Europe de Cross et également l’argent au Mondial juniors de triathlon.

C’est énorme ! Mais ce parcours s’inscrit dans une certaine logique pour cette athlète très précoce, motivée par l’atavisme avec sa mère, spécialiste de 800 mètres, et son père, entraîneur. Enfant, pendant que maman enchaîne les tours de piste et que papa tient le chronomètre, Cassandre demeure à portée de surveillance sur le stade. Elle a fait de cet espace son terrain de jeu, le sautoir de la longueur s’apparente à un bac à sable et le tapis de réception de la hauteur se transforme en un trampoline.

Elle n’a que 6 ans, lorsqu’elle commence à courir sur l’anneau de 400 mètres et découvre le cross : « Simplement désireuse d’imiter ses parents ». Puis poussine, elle réussit 3’20’’ au 1000 mètres. Benjamine, elle stupéfie son entourage avec un chrono de 2’57’’ sur cette même distance !

Pourtant en devenant minime, cette gamine douée qui n’aime que la compétition répugne à s’entraîner et compte uniquement sur ses aptitudes. La sanction finit par tomber, et elle avoue « Prendre des claques ». Elle ne le supporte pas car elle reconnaît aussi : « Je suis une très mauvaise perdante »

La voilà désormais convaincue de la nécessité d’une préparation, et elle renoue avec les conseils de Ludovic, son paternel, un adepte de la pédagogie par l’exemple, qui l’a sans doute laissée vivre l’expérience de la défaite, sûr quelle reviendrait dans son giron. A partir de là, devenue fort assidue durant les séances, elle atomise la concurrence française !

La réussite en athlétisme et en triathlon

Championne de France de cross chez les cadettes en 2013 et en 2014, elle parvient même ses années là à se qualifier pour les Europe de cross juniors. En 2014, lors des mondiaux juniors, elle porte le record de France des cadettes à 4’17’’04, et sur route, celui des 10 km à 35’04’’.

En parallèle à l’instar de Maxime Hueber-Moosbrugger, de Célia Brémond et de Jeanne Lehair, Cassandre réussit en triathlon. Pourtant, l’apprentissage de la natation n’a pas été si facile : « J’étais dans un club de water-polo et je n’arrêtais pas de me faire noyer ». Mais avec détermination, elle surmonte sa peur et dès cadette, elle parvient à atteindre le haut niveau mondial. Avec en contrepartie l’obligation d’un volume horaire d’entraînement variant de 15 à 20 heures depuis qu’elle est junior.

Toutefois les sorties se déroulent rarement dans la sérénité, car la relation entraîneur-entraînée s’avère parfois compliquée par sa particularité père/fille. Elle qualifie ainsi leur collaboration : « D’un peu compliquée. On se prend souvent la tête. Il n’est pas toujours facile à vivre, car il attend beaucoup de moi. Maintenant il ne suit plus que moi. Donc, il focalise toute son attention sur ma personne. Après, j’admets avoir un fort caractère. Je pars facilement au quart de tour. Malgré tout, où je lui suis reconnaissante, c’est qu’il est le seul qui accepterait de m’entraîner. En plus, comme il me connaît par cœur, il ne risque pas de commettre d’erreurs ».

A l’image de nombre des juniors de l’équipe de France, cette lycéenne en Terminale ES doit songer à son BAC et à concilier heures de sport et de cours. Un exercice d’équilibriste, qui exige de l’organisation et qui lui laisse peu de temps pour les loisirs, avec seulement de temps en temps, une sortie shopping dans les rues d’Antibes.

Se battre contre les Africaines à Guyiang

Sa course au Championnat de France des Mureaux a révélé son extrême domination sur ses rivales. Pourtant, elle regrette certains propos tenus à l’issue de l’épreuve : « Jamais je n’aurais dû dire aux journalistes que je ne m’étais pas dépouillée. Cette phrase a été prise par certains comme un manque de respect envers mes adversaires. Je voudrais dire que ce n’est pas vrai. Je ne suis pas comme ça. J’ai lâché ça sous le coup de l’euphorie de la victoire. Mais, d’un autre côté sachant que l’écart était creusé, à quoi bon sprinter dans la dernière ligne droite ?».

Maintenant au moment d’appréhender les Championnats du Monde en Chine, l’étoile montante de l’athlétisme français n’entend rien changer à sa façon d’être. Comme d’habitude, elle espère réaliser la meilleure course possible, animée par la volonté de se battre jusqu’au bout. Toutefois elle refuse de se prononcer sur un résultat potentiel.

Et à l’évocation des Africaines, elle répond simplement : « Elles seront plus présentes en nombre et restent costauds. Après, on est toutes pareilles avec deux bras et deux jambes. Pleins d’événements peuvent advenir »

    Texte : Jérémy Picard avec la Rédaction de SPE15
    Photo : Gilles Bertrand

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