Régulièrement les athlètes du groupe Salazar défraient la chronique soit par leurs performances soit par leurs méthodes d’entraînement. Tel le canadien Cam Levins enchaînant victorieusement deux courses en salle de 1 mile puis sur 2 miles. Explications.

 

Il suffit de citer les trois syllabes du nom Sa La Zar pour que la sphère du demi fond sorte des tranchées et attaque à l’arme lourde le coach américain le plus controversé qu’il soit.

Alberto Salazar a des méthodes d’entraînement qui surprennent, étonnent, irritent. Elles déclenchent des polémiques sans fin et des ouragans de suspicions lorsque les athlètes de son groupe connaissent les succès que l’on connaît, Mo Farah, Galen Rupp pour ne citer que ces deux compères qui lors de la finale olympique des J.O. de Londres sur 10 000 mètres, bras enlacés, sueurs partagées, confirmaient que la méthode Salazar avait du « bon » pour remporter des médailles.

Le 27 janvier 2014, les requêtes Google le confirment, une nouvelle fois, ça s’agite autour du nom Salazar. Les recherches portent sur trois noms, Salazar, Rupp et entraînement car sur la piste de l’Armaury Track Club de New York, Galen Rupp non seulement bat le record américain du 2 miles en salle en 8’07»41 mais celui-ci enchaîne sur le même parquet, sous le regard médusé de quelques observateurs la séance suivante, 5 fois un mile en 4’21 », 4’20 », 4’20 », 4’16 » et 4’01 » pour finir par 3 x 150 mètres.

Cameron Levins un gros bouffeur de kilomètres

Cameron Levins un gros bouffeur de kilomètres

Aussitôt, coachs et athlètes se déchaînent sur le manque d’orthodoxie d’un tel enchaînement. On crie au loup. Mais face au bûcher déjà rougeoyant, Alberto Salazar n’a nullement l’intention de se justifier. Son assistant Steve Magness, conseiller scientifique au sein de la structure Nike Oregon Project apportait déjà en 2011 (article du 25 octobre 2011 – Running Times) un éclairage sur l’intérêt physiologique d’une telle séance que l’on qualifie aux Etats Unis de « ridiculous » (il n’est nullement besoin de traduire !).

Alors pourquoi travailler sur de la super super compensation ? Selon le physio (qui depuis a quitté le groupe Salazar), les taux hormonaux sont tels après une compétition inférieure à 5 km, qu’ils permettent de travailler sur des seuils de fatigue et de bénéficier d’effets qu’il ne serait pas possible d’obtenir en temps normal. D’autant plus que les taux d’endorphine sont au plus haut et le système cérébral dans une situation d’hyper sollicitation, favorable pour absorber une telle intensité.

Un mile et un 2 miles en 30 minutes

Un an plus tard, presque jour pour jour, c’est au tour de Cameron Levins de mettre le couvert, lors du même meeting, sur la même piste New Yorkaise. Cette fois, la déclinaison est nouvelle. Le canadien, lui aussi membre de la même structure professionnelle coachée par Alberto Salazar a décidé d’enchaîner deux courses en moins de trente minutes, sur un mile puis sur deux miles.

Ce coureur de 29 ans, 11ème aux J.O. de Londres sur 10 000 mètres et médaillé de bronze l’an passé à Glasgow lors des Commonwealth Games, s’attaque à un exercice là encore qualifié de « ridiculous ».  Ca le fait « marrer » lui qui dans un passé encore récent bouffait des bornes de façon vorace, «The mileage junkie» avec au compteur 300 kilomètres semaine (190 miles), s’entraînant parfois jusqu’à 4 fois par jour. En l’accueillant dans l’Oregon, Alberto Salazar lui remet les pendules à l’heure pour revenir à des charges et des intensités jugées « normales ».  En 2013, il confiait sur Flotrack ne courir que 180 kilomètres/semaine sans compter le travail en piscine.

Uniquement en préparation hivernale

Sur la piste de l’Armory, celui que l’on surnomme Cam exécute le premier mile en 3’54 »74 à 52 centièmes du record national. 32 minutes s’écoulent, il remet les pointes et après 16 tours et des peanuts, il bloque le chrono à 8’15 »38 soit un temps aux 3000 mètres de 7’36 »96.

En 2011, Steve Magness l’auteur du best seller Science of Running validait ce type d’enchaînement, utile selon lui uniquement en début de préparation hivernale pour travailler les points faibles. Depuis, Alberto Salazar a modélisé pour son groupe ce type de séance. Pour l’heure le scepticisme l’emporte sur l’intérêt réel de tels schémas d’entraînement non dénués de risque. A moins qu’ils ne soient, pour mettre en fusion les esprits,  qu’une face découverte d’une préparation plus complexe et plus obscure.

 

> Texte et photo Gilles Bertrand