Boris Berian fut l’une des révélations du 800 mètres organisé dans le cadre du meeting de New York. Ce jeune Américain bien calé dans l’aspiration de David Rudisha exprimait pleinement son talent, réalisant le 5ème temps mondial en 1’43’84’’. Portrait.

 

Alors que le 800 mètres féminin enregistre une densité  exceptionnelle avec 5 Américaines sous 2 minutes, 13 sous les 2’01’’ et 25 sous les 2’02’’, qu’un ovni plantait son dard dans ce nid de guêpes qu’est le 800 masculin.

Boris Berian le nouveau leader du 800 mètres aux Etats Unis

Boris Berian le nouveau leader du 800 mètres aux Etats Unis

Son nom, Boris Berian, un inconnu dans le milieu ou presque, seulement repéré par quelques spécialistes outre-atlantique  qui, eux-mêmes, ne s’attendaient pas à le voir émerger dans le sillage du grand Rudisha. Car il faut fouiner dans les résultats de la seconde division des NCAA pour le découvrir, deux titres à son palmarès en 2012  avec un record à 1’48’’93, bref rien de solide.

Samedi soir, dans l’enceinte de l’Icahn Stadium de New York, Boris Berian a créé la surprise en jouant les trublions dans un 800 cousu main pour le recordman du monde, se classant second en 1’43’’84 coiffant d’un souffle Pierre Ambroise Bosse pour quatre misérables  centièmes.

Boris Berian n’est pas né avec une cuillère dorée dans le bec. Des preuves ? Lorsqu’il tourne le dos au monde universitaire pour se consacrer uniquement à courir, il accepte un job dans un Mc Do pour survivre. Certes, il devient pro mais les perfs ne suivent pas, le régime Mac Do lui plombe ses prétentions et les chronos sont asthéniques.

« Si tu veux réussir, il faut vivre en altitude »

A l’automne 2014, un message facebook lui laisse espérer la fin des vaches maigres. Daniel Guerrero, coureur de 4 membre du team Big Bear Track Club, lui propose de rejoindre cette structure d’entraînement basée en Californie. Il s’agit d’un centre basé en altitude d’où est originaire le marathonien Ryan Hall et qui a pour leader Brenda Martinez, médaillée de bronze au Mondial de Moscou en 2013. Elle a rejoint cette petite commune de Big Bear Lake sur les conseils de Joe Vigil, l’emblématique coach américain qui a conduit Deena Kastor au succès : « Si tu veux réussir, il faut vivre en altitude » expliquait-il dans les colonnes de Running Times en septembre 2013.

En décembre, Boris Berian boucle son sac, noue ses longues dreadlocks et met le cap sur cette station et son magnifique lac aux eaux turquoises, situés à deux heures de voiture de Los Angeles dans le Riverside County.

En arrivant, on lui signifie les codes à suivre : cela se résume à une seule devise : travailler dur. Boris répond : « Ok, je suis prêt, j’ai déjà trop attendu ».

Entraîné par Carlos Handler, le mari de Brenda Martinez, Boris Berian, après un gros cycle foncier,  se fait remarquer dès le printemps. 1’46’’16 à Tempe en avril, puis à Payton Jordan, il passe en 50’’44 aux 400 et réalise 1’46’’00. A New York, il emboîte la foulée de David Rudisha et arrache un 1’43’’84 le plaçant là où il n’espérait nullement être, 5ème mondial et leader américain.

Peu après sa perf de New York, Boris Berian recevait un tweet d’encouragement : « Eh, mec ! Tu as bien fait de quitter Mc Do ». Big Bear Track Club, c’est qu’en même mieux que le Big Mac !

> Texte Gilles Bertrand
> Photo Mc Carthysan