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Aurore Fleury, suspendue 6 mois pour un pari sportif interdit

C’est une sanction très inédite qui a été prononcée contre Aurore Fleury. La demi-fondeuse de Nancy Athlétisme a été suspendue six mois par l’Athletics Integrity Unit en application des règles liées à l’éthique. En l’occurrence, lui est reprochée une affaire de pari en ligne où elle avait parié sur la victoire d’Alice Finot au Championnat d’Europe. Une telle suspension est très rare dans un sport comme l’athlétisme, au contraire des sports collectifs gangrenés par ces problèmes.

Aurore Fleury est actuellement suspendue pour 6 mois, jusqu’au mois de mars 2026. L’information est longtemps demeurée secrète, mais a finalement émergé. C’est une énorme surprise puisque pour la première fois en France, une suspension sportive est prise à l’encontre d’une athlète pour une raison, non pas de dopage, mais de violation des règles de l’éthique.

Une nouvelle fois, à la manœuvre, l’Athletics Integrity Unit, qui a mené une enquête pour aboutir à cette décision forte et inédite. A l’origine de cette affaire, un pari en ligne qu’Aurore Fleury avait effectué avant le Championnat d’Europe de juin 2024 à Rome. Selon nos informations, la demi-fondeuse, double championne de France du 1500 m et 1500 m indoor, plusieurs fois vice-championne de France du 1500 m, aurait parié sur la victoire d’Alice Finot sur 3000 mètres steeple. Et justement, le 9 juin, Alice Finot supplante ses rivales, l’Allemande Gesa-Felicitas et la Britannique Bird pour un premier titre européen, après sa médaille d’argent sur 3000 mètres indoor en 2021.

Mais l’information de ce pari arrive jusqu’au département Ethique de l’Athletics Integrity Unit, qui décide alors de lancer une enquête qui se conclura donc par cette suspension inédite. Pour quelles raisons précises ? Les détails ne sont pas connus. L’AIU observe une très grande discrétion sur ce cas (et peut-être sur d’autres cas ?)

Aurore Fleury reconnaît la suspension sans donner les détails

Interrogée par mes soins le 18 janvier pour en savoir plus, Aurore Fleury m’a transmis le 21 janvier cette réponse : « Comme vous le savez sans doute déjà, tous les sujets traités par l’AIU font l’objet d’une divulgation public par eux sur leur site. Sauf erreur de ma part, cette divulgation n’est pas effective à ce jour. Cette publication s’accompagnera d’un dossier consultable de tous, je suis certaine qu’après sa lecture vous n’aurez plus besoin de précisions de ma part. Si toutefois ce n’est pas le cas, je vous invite à revenir vers moi plus tard avec vos questions; si elles me paraissent raisonnables et au service d’une cause qui me paraîtrai juste, j’y répondrai. »

Une reconnaissance implicite de sa suspension qui avait été bien dissimulée jusqu’à ce milieu du mois de janvier 26. La dernière compétition d’Aurore Fleury remonte au 20 août 2025, sur 800 mètres lors du meeting de Pfungstadt en Allemagne, et au 16 août 2025, sur 1500 mètres du meeting de Louvain en Belgique. En novembre, elle s’aligne sur le 5 km de Lille, mais elle abandonnera finalement, arguant d’une douleur au dos et d’une semaine stressante. Suivront ensuite plusieurs mois de silence sur ses réseaux sociaux, excepté pour un hommage à Roland Simonnet son ancien entraîneur, décédé début janvier, puis pour l’annonce de sa reprise d’entraînement après une chirurgie.  

L’AIU très discrète sur les problèmes d’éthique au contraire du dopage

Du côté de l’Athletics Integrity Unit, l’attitude n’est en rien comparable à celle adoptée dans le domaine du dopage, où la communication sur les suspensions provisoires, puis sur les décisions de suspensions se fait en direct à travers le compte X de l’Instance, soucieuse de faire connaître en permanence ses réussites pour éradiquer ce problème.

L’éthique fait partie intégrante des missions de l’AIU, comme le révèle le site dans la rubrique Manipulation de Compétition. Plusieurs faits peuvent ainsi être considérés comme des faits de manipulation : Trucage, la modification illicite d’une compétition visant à gagner de l’argent grâce aux paris sportifs ou à garantir le gain d’un tiers – Information privilégiée, toute information privée (tactiques, blessures, etc.) à laquelle les athlètes, les officiels et le personnel d’encadrement ont accès, et qui pourraient être utilisées à des fins de paris – Perte volontaire, ou « tanking », par exemple, lorsqu’un athlète perd une épreuve intentionnellement afin d’affronter des adversaires plus faibles lors des phases finales de la compétition – Paris sportifs et interdiction des paris, parier sur le sport n’est pas une activité négative en soi. Les problèmes surviennent uniquement lorsque des athlètes, leur entourage ou des officiels parient sur leur propre sport ou, pire encore, lorsque ces paris entraînent une manipulation des compétitions.

Et l’AIU de préciser de manière très explicite : une interdiction de parier signifie que les personnes accréditées ne sont pas autorisées à parier sur leurs compétitions, leurs disciplines lors des épreuves des World Athletics Series ou sur d’autres compétitions et disciplines lors d’un événement multisports tel que les Jeux Olympiques.

Ne pas parier sur son propre sport, une règle pour tous les sportifs

Aurore Fleury apparaît ainsi avoir violé la règle numéro 4, à savoir, ne pas parier sur son sport. C’est une première en athlétisme, mais ce n’est pas inhabituel dans les sports collectifs, foot, hand… où des suspensions sont régulièrement prononcées par les fédérations, comme le confirme Pierre Sallet. Le spécialiste de l’anti-dopage, investi maintenant pleinement dans le secteur de la manipulation des matchs, connaît parfaitement le sujet après plusieurs années passées à détecter les matchs truqués. Les modèles créés au sein de sa start up Good Game permettent maintenant de dévoiler avec certitude les anomalies dans les compétitions, qui peuvent être reliées à des paris illicites.

Tout récemment, mi-janvier, la Fédération Française de Foot a d’ailleurs marqué un grand coup en annonçant la suspension pour plusieurs matchs de 35 joueurs ou éducateurs professionnels, et le rappel à l’ordre de 36 joueurs ou éducateurs. En cause, leur non respect de la règle de l’interdiction de paris professionnels, durant la saison 2024-2025. Et c’est à partir d’un croisement de fichiers avec la Française des Jeux que ces noms ont pu être détectés.

Une attitude offensive dans un sport où les enjeux financiers sont très élevés, et Pierre Sallet évoque des gains sur certains matchs qui peuvent être de centaines de milliers d’euros en une soirée ! Concernant Aurore Fleury, les informations sont discordantes, le gain aurait été de 1000 euros, selon les uns, et de 3000 euros selon les autres. L’athlé ne joue pas dans la même cour…

  • Analyse : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.