Le retour sur les pistes d’athlètes après leur suspension suscite toujours l’attention des amateurs d’athlétisme, curieux de suivre leurs performances « d’après » dopage. Comme pour le Kenyan Absel Kiprop, et l’Algérien Ali Messaoudi, évoluant à nouveau sous les couleurs d’un club français.

Il y a des chiffres bruts qui font mal et même très mal. Asbel Kiprop attendait depuis de très longs mois de retrouver la piste après sa suspension pour dopage à l’EPO, et cet hiver, il n’hésitait à pas annoncer de grosses ambitions, avec en ligne de mire, une qualification pour le Championnat du monde de Eugene en juillet.

Mais avec 1’56’’, le chrono de son 800 mètres, couru le 19 mars à Eldoret, s’est révélé implacable. Asbel Kiprop l’a accueilli avec un certain flegme, soulignant via Facebook, cette sensation « si douce et pourtant étrange, de sentir ses jambes dérouler, mais avec un moteur rouillé ».

Malgré tout, il se réjouit d’avoir pu disputer son premier 800 mètres depuis 2017, il valait alors 1’44’’, et quelques mois plus tard, il allait connaître ce contrôle qui débouchait sur une sanction de quatre années s’achevant début février 2022, et alors qu’il affiche déjà 32 ans.

Durant cette suspension, Asbel Kiprop allait connaître des hauts et des bas, entre les problèmes financiers et conjugaux, et sa défense dans son affaire de dopage variait également sans cesse. Tantôt il annonçait devoir renoncer à un avocat pour des raisons financières, tantôt il laissait celui-ci dérouler des arguments fantaisistes et contradictoires, qui lui nuisaient plutôt durant la procédure avec l’AIU.

Depuis l’annonce de son contrôle positif en mai 2018, il a toujours conservé une seule ligne de conduite, celle de plaider son innocence. Et début avril, il se réjouit avec force d’entendre Athletics Kenya évoquer le « droit à la seconde chance » pour les athlètes dopés, et d’insister à nouveau sur la fausse accusation qu’il a subie !

Ali Messaoudi, une seconde chance à Lyon

La seconde chance est bien un credo des athlètes suspendus. La sanction a été purgée, alors pourquoi ne pas l’oublier ? C’est en résumé la position de Zahir Oulkadi, l’entraîneur de l’Algérien Ali Messaoudi, suspendu quatre ans, pour utilisation de stanozolol, détecté lors des Jeux de la Solidarité Islamique en mai 2017.

Un contrôle positif concernant directement l’athlétisme français, Ali Messaoudi était alors licencié au Lyon Athlétisme, et sous leurs couleurs, il avait obtenu la 3ème place en espoir au France de cross court. Le jeune athlète, qui vaut cette année-là 3’41’, et 8’27’’ sur steeple, constitue aussi un atout fort pour les interclubs pour le club.

Un énorme imbroglio entourera son contrôle positif, d’abord dissimulé en Algérien, puis sanctionné par une première suspension « courte » prononcée par l’anti-dopage algérien, deux années seulement, qui seront transformées ensuite en quatre ans par l’Athletics Integrity Unit.

Au printemps 2019, Ali Messaoudi se prépare même en Tunisie pour son retour sur la piste, mais il devra finalement patienter jusqu’en mai 2021, pour son come back effectué à Alger. Puis en ce printemps 2022, c’est à nouveau à Lyon qu’Ali Messaoudi réapparaît, lors du meeting de Caluire et Cuire. Avec un chrono de 2’19’’ sur 1000 mètres, qui suscite l’attention, d’autant qu’il évolue à nouveau pour un club français, cette fois, l’AS Rispoli Villeurbanne.

Ce club créé par Joseph Rispoli a toujours eu pour habitude d’accueillir des athlètes étrangers, essentiellement des Burundais, comme Pasteur Nyabenda, Égide Manirakiza, et il a aussi compté des athlètes français de haut niveau, comme Cédric Fleureton.

Pourquoi le choix de l’AS Rispoli pour Ali Messaoudi ? Son entraîneur Zahir Oulkadi, qui vit à Lyon, y coache un petit groupe d’athlètes, et n’a jamais cessé d’entraîner le jeune Algérien durant sa suspension, m’explique : « Cette option correspond à son souhait d’être dégagé de toute contrainte liée par exemple aux interclubs ou aux championnats ».

Toutefois lorsque j’interroge Joseph Rispoli, sa surprise n’est pas feinte : « L’entraîneur m’a parlé d’un athlète doué qui voulait signer. J’ai dit Pourquoi pas ? Mais je ne suis pas du tout au courant pour l’affaire de dopage. Il ne m’a rien dit. Sinon, j’aurais réfléchi ! »

Sur la lancée, Joseph Rispoli ne manque pas d’interroger Zahir Oulkadi, qu’il connaît pour l’avoir souvent croisé sur les stades, sur le secret conservé sur cet épisode de dopage.

La réaction du coach à mon égard ne tarde pas : « Je voudrais savoir pourquoi vous avez appelé le club ? En fait, c’est quoi votre problème, vous voulez pas nous lâcher les baskets ? Ali est libre, il a purgé sa peine, il a le droit de signer où il veut et quand il veut. »

Le patron du club, Joseph Rispoli veut conserver, lui, une attitude positive, et souligne « Après tout, il a fini sa prison. Ca lui aura peut-être servi de leçon ».

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.