Aries Merritt a conquis la médaille de bronze du Mondial de Beijing du 110 mètres haies dans des conditions incroyables. Le recordman du monde et champion du monde en titre souffre depuis deux ans d’un grave problème rénal l’obligeant à subir la greffe d’un rein quelques jours seulement après sa performance de Beijing.

 

Aries Merritt, champion olympique à Londres, en proie à une grave maladie rénale

Aries Merritt, champion olympique à Londres, en proie à une grave maladie rénale

Une médaille de bronze à quelques jours seulement d’une transplantation rénale. L’histoire d’Aries Merritt paraît complètement irréelle. Le recordman du monde n’avait dévoilé qu’en arrivant à Beijing le grave problème de santé auquel il se voit confronté depuis deux ans, une défaillance rénale l’obligeant maintenant à une greffe d’un rein donné par sa sœur La Toya pour une opération programmée quatre jours après cette finale.

Le parcours chinois du hurdler de l’Arizona paraît surréaliste. Il arrive à ce Mondial avec un rein fonctionnant à 20% de ses capacités, et pourtant, il se révèle capable de courir en 13’’08 dans les demis, un chrono qu’il n’avait plus atteint depuis son record du monde en 2012, puis en 13’’04 dans la finale, se propulsant en 3ème place derrière le Russe Sergey Shubenkov et le Jamaïcain Hansle Parchment, et devançant les trois hurdlers français.

Une médaille de bronze qu’Aries Merritt avouait accueillir comme une médaille d’or… Cette performance dépasse toutes ses attentes dans un championnat qu’il s’était fixé comme objectif suprême depuis le mois de mai où il avait appris que la greffe d’un rein serait la seule option pour traiter sa pathologie, une maladie rénale rare, la FSGS, connue aux Etats-Unis en particulier chez les noirs américains.

La maladie après le Mondial de Moscou en 2013

Les premiers signes en seraient apparus après le Mondial de Moscou à l’automne 2013. Après une année difficile, où il n’a pu retrouver sa forme 2012, il se sent anormalement fatigué, en proie à des problèmes respiratoires et incapable de récupérer. Débute alors une véritable descente aux enfers, avec un séjour de plusieurs mois à la Clinique Mayo, où le traitement se révèle difficile, son organisme attaqué de surcroît par un virus, le parvovirus B16, de la famille des Parvoviridae, qui affecte son rein et sa moëlle osseusse.

Plusieurs mois de traitement plus tard, Aries Merritt sort de l’hôpital, laminé physiquement, le rein ralenti n’évacue plus les protéines. Pourtant quelques semaines plus tard, il retrouve la piste et à la force de sa volonté, il débute alors une lente reconstruction physique, il dispute les épreuves de la Diamond League avec de très modestes résultats, 7ème seulement en septembre 2014 à Bruxelles, meeting où il avait établi son record du monde en 2012.

Le pinacle pour sa saison 2012

Cette saison 2012 l’avait vu atteindre le pinacle. Il l’avait achevée avec un titre olympique, un record du monde, et huit fois un chrono sous les 13 secondes, une performance inédite jusqu’alors. Ce parcours n’avait pas manqué de surprendre, il passait d’une marque à 13’’09 en 2007 à ces 12’’80, et l’or olympique le hissait très loin de sa 6ème place du Mondial 2011.

Aux JO de Londres, Aries Merritt s’était justifié par une formule toute simple : « La santé », soulignant que cette saison était sa première sans blessure, lui permettant de beaucoup travailler, et d’enchaîner les compétitions. Après son titre junior, en 2004, le hurdler avait connu des hauts et des bas, comme pour les JO de 2008, où il ne se qualifiait pas, touché en pleins trials US par le décès de sa grand-mère.

Des questions sans réponses

Les blessures avaient gâché ses saisons et cette année 2012 paraîtra finalement comme une courte accalmie avant le véritable drame qu’il traversera. Quelques questionnements n’ont évidemment pas manqué d’apparaître sur les causes possibles de ces pathologies, pour pointer du doigt les conséquences d’une éventuelle utilisation de produits interdits. Déjà durant deux ans, Aries Merritt s’était retrouvé en proie à de nombreuses interrogations sur son incapacité à retrouver son exceptionnel niveau de 2012.

Mais le hurdler avait choisi d’adopter un silence total sur sa maladie, jusqu’à ce Mondial de Pékin, marquant peut-être sa dernière compétition. Aries Merritt se refuse à une telle éventualité, et se projette déjà vers les JO de Rio, où il rêve de courir et défendre son titre. Le challenge paraît d’anthologie.

 Texte : Odile Baudrier
 Photo : Gilles Bertrand

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