Amandine Guyot, athlète dopée par passion du body building

30 octobre 2016

Athlète. Body Buildeuse. Dopée pour cette passion. C’est ainsi qu’on peut résumer l’histoire d’Amandine Guyot, suspendue par la FFA pour des stéroïdes anabolisants qu’elle revendique avoir absorbés pour que son corps se sculpte en accord avec ses attentes en body building. Cette jeune femme de 26 ans affirme que la Transbaie marquait la dernière compétition de sa carrière d’athlète, avant de se consacrer au body building, sa nouvelle passion. C’est là qu’elle a été soumise à un contrôle anti-dopage qui s’est révélé positif, à sa grande surprise, tant elle pensait que les doses absorbées ne pouvaient être détectées… 

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Suite à l’article diffusé sur le site spe15.fr pour annoncer votre suspension, vous avez réagi sur l’info diffusée via Facebook avec plusieurs commentaires que vous avez effacés par la suite… J’aurais souhaité en savoir plus sur votre démarche par rapport à l’utilisation de ces produits ?
Juste une démarche pour rentrer dans le body building. J’avais dit que c’était ma dernière année en athlétisme.
Vous vouliez arrêter l’athlétisme pour vous consacrer au body building ?
C’est ça !
Qu’est ce qui vous motive dans le body building ?
L’aspect physique. Le sport. C’est ma passion. C’est mon travail. Je suis à fond là-dedans. C’est le dépassement de soi. Il y en a beaucoup qui parlent de gonflette, mais ce n’est pas de la gonflette, c’est beaucoup plus que ça. Il faut vraiment être dans le milieu pour comprendre. Toutes les personnes qui disent que c’est de la gonflette, il n’y a pas de souci. Moi, c’est ma vie à moi, ma vie personnelle. En aucun cas, avec le niveau que j’ai en athlétisme, je pensais passer au contrôle anti-dopage. Voilà pourquoi j’avais commencé avant de finir ma saison. Mais cela ne m’a rien apporté en athlétisme. Quand je suis passée devant la commission, le médecin de la ligue m’a dit que ça ne m’apporterait rien en athlétisme, mis à part prendre du poids, mais ça ne va pas améliorer mes performances. Sinon, je serai sur le haut du podium, je ne serai pas en interrégionale. Contrairement à ce qui vient de se dire. Je n’ai jamais nié, je ne nierai pas. Si j’avais eu de l’argent, j’aurais pris un avocat. Même à la Ligue, on me l’a dit, prenez un avocat et tout sera effacé. Maintenant, c’est fait ! Je paie.
Vous trouvez que l’addition est lourde ?
C’est que je ne comprends pas vraiment. Au niveau de la FFA, on me suspend pour 4 ans. Car ce sont des substances très grosses apparemment. Je veux bien le comprendre. Maintenant, l’AFLD vient me contacter par derrière, pour me dire que si je collabore avec eux pour leur donner, d’après ce que j’ai compris dans le mail, si je leur donne des noms pour justement faire tomber des personnes dopées, ils me réduisent ma peine à 1 an. Il y a quelque chose qui ne va pas ! C’est la loi française. C’est la pauvre France. On est dans une pauvre France aujourd’hui où on ne comprend pas forcément les bonnes choses. Mais ce n’est pas grave, je paie, j’assume.

Le dopage pour le body building a débuté en 2016

Vous me dites que vous auriez commencé les produits depuis très peu de temps.
Oui, j’ai commencé en 2016. Cette année. On vient me dire qu’à la Transbaie, elle a pris la 4ème place de quelqu’un d’autre. Quand vous regardez mon palmarès sportif, j’ai toujours fait 4 à la Transbaie, excepté l’année dernière où il n’y avait quasiment pas de niveau, et j’avais fini 2ème. Alors, non, je n’ai pas pris la place de quelqu’un.
Tout de même, quand on analyse vos performances, on note une bonne progression dans l’année 2015, sur 1500 m (4’55 au lieu de 5’02’) et aussi sur 10 km (37’39” au lieu de 39’52”). A quoi était-ce dû alors ? A un changement d’entraînement ?
Oui, j’ai changé d’entraîneur, et j’ai multiplié les entraînements.
Car vous êtes tout de même une coureuse « ancienne ».
Oui, cela fait 23 ans !
Vous avez commencé à 3 ans ?!!
J’ai toujours couru.
Vous saviez certainement que les produits pouvaient être détectés en course à pied. Cela ne vous a pas fait peur de continuer à courir ?
Non, étant donné qu’au degré où je les prends, je ne pensais pas passer en positif. Je prends un quart de la norme qu’il faudrait prendre. Je pensais qu’il fallait atteindre un degré pour passer en positif. Je m’étais renseignée. Des gens disent que je suis conne, que je ne me suis pas renseignée. Bien sûr que je me suis renseignée. Je ne suis pas stupide, je suis sportive, je suis compétitrice. Je n’ai en aucun cas fait ça pour l’athlétisme. Ca n’aurait aucun intérêt. Une personne qui prend des stéroïdes anabolisants pour l’athlétisme n’a rien compris à la vie. Des gens disent que je n’ai rien compris à la vie, mais il faut chercher un peu plus loin. Au lieu de commenter sans savoir, on va voir directement la personne. Moi, ce qui me dépasse, c’est qu’on était 5 à être au contrôle anti-dopage, et je suis certaine que des personnes n’ont pas fait le contrôle. J’en mets ma main à couper. Ce sont des personnes qui sont protégées par la Ligue. Elles sont dopées mais elles sont protégées… Je paie, il n’y a pas de souci. En aucun cas, je n’ai fait appel. Et d’une, je n’ai pas d’argent. Et de deux, j’assume ce que j’ai fait. Ca ne me servirait à rien de faire appel. Je veux arrêter l’athlétisme pour me consacrer pour l’instant au body building. Je reviendrai certainement à l’athlétisme. J’ai arrêté la compétition, mais je continue à m’entraîner. Je ne peux pas arrêter l’athlétisme. C’est une passion.
Quand vous accusez des personnes de ne pas avoir effectué leur contrôle, cela veut dire qu’elles n’ont pas uriné ?
Oui, c’est ça. On est rentrés à 5 à 12h30. Et à 15 heures, une n’était toujours pas sortie. On ne met pas 3 heures à uriner alors qu’on nous donne 1,5 litre à boire.
Ca peut tout de même arriver que des gens mettent longtemps à faire pipi…
Oh, tout de même 3 heures après avoir bu 1.5 litre. Mais bon, je ne vais pas aller plus loin, je ne vais pas prendre d’avocat alors que j’aurais pu. Je l’aurais payé, il m’aurait enlevé ma sanction. J’aurais tout nié, j’aurais fait comme les autres.

Le France de cross, sans les stéroïdes

Vous avez fait le Championnat de France de cross en mars, comme les années précédentes. A cette époque-là, vous ne preniez pas les stéroïdes ?
Non. D’ailleurs, on peut voir ma place, 159ème ! J’aurais pris des stéroïdes, je n’aurais pas fait 159.
Donc finalement, vous pensez que ça agit sur la course à pied ??? C’est un peu contradictoire ??
Non, justement, c’est ironique ce que je vous dis. Les gens disent que c’est grâce à ça que je vais au-delà de mes performances. Vous voyez bien que non. Je ne les prenais pas. Je les ai pris avant la Transbaie. J’ai fait 4ème. C’est tout. J’ai un record à 37’20’’. J’ai couru à Beauvais, ce n’était pas un 10 km officiel, il devait manquer 500-600 m, j’aurais fait 37’. On ne gagne pas une minute grâce à des stéroïdes.
Ce sont des produits que vous vous êtes procurés sur internet ?
C’est des produits que j’ai sur internet.
Sur des sites de vente en ligne ?
Oui, c’est ça.
Comment avez-vous calculé les dosages à respecter ? Vous vous êtes référée aux sites internet ou vous vous êtes fait conseillée par ailleurs ?
Je me fais conseiller.
Par des gens de votre entourage ?
Oui.
C’est donc commun pour les body builders ?
Vous dire oui, ou non. Il faut être dans le milieu pour comprendre. Oui, c’est commun qu’on se réfère à des gens qui ont déjà fait de la compétition, à des gens qui sont diplômés en diététique, diplômés dans le métier. Oui, c’est illégal, ça peut paraître dangereux pour la santé. Mais quand on est suivi à côté. Moi, je suis suivie, je ne fais pas ça à l’aveuglette. Oui, je suis une amatrice car je rentre vraiment dans le métier, mais je suis auprès de professionnels.

Je n’ai pas peur des stéroïdes anabolisants

Et au niveau santé, vous prenez des dosages qui vous semblent compatibles avec votre santé ?
Ecoutez, je vais très bien, je n’ai pas de souci pour le moment. Après, peut-être que d’ici quelques années, j’aurai des soucis, je ne sais pas comment mon corps réagira dans quelques années. Quand on dit qu’on est chargés, ce n’est pas à l’année, on fait des cures. Je ne vais pas affirmer que je sais ce que je fais, j’ai écouté les paroles d’un professionnel. Si ça se trouve, le professionnel se trompe aussi.
Craignez-vous un peu les conséquences de tels produits ?
Non, non, pas du tout. Pas du tout. Etant donné que quand vous allez boire du lait de vache, vous pouvez attraper le cancer. Vous allez vous mettre au soleil, vous pouvez attraper le cancer de la peau. La crème solaire aussi peut vous donner le cancer. Non, je n’ai pas peur du tout. J’ai même moins peur de prendre des produits que de manger ce qu’on trouve dans le commerce avec tout ce qu’ils mettent dedans. Quand on voit qu’avec le soja, on peut attraper le cancer. Je réagis peut-être mal, mais pour moi, c’est exactement pareil. Ca me fait moins peur de prendre des produits que ce qu’il peut y avoir dans ma nourriture.
Depuis combien de temps pratiquez-vous le body building ?
Ca fait 6 ans que je travaille. Et 3 ans et demi de body building.
Et maintenant, c’est vraiment devenu une priorité ?
Depuis 3 ans et 1 /2 que je le pratique, l’athlétisme passait toujours avant. Maintenant, j’aimerais me lancer dedans pour voir ce que ça peut donner. Il faut forcément que j’arrête l’athlétisme car je n’aurai jamais pu lier les deux, physiquement, cela ne va pas être possible. Et je dois me consacrer au niveau de la musculation, et continuer à courir comme je le fais avec des longues distances.
Faites-vous des compétitions en body builing ?
Non, je n’ai pas commencé encore.
Vous allez commencer maintenant ?
Maintenant, non. Je me prépare physiquement. Pourquoi pas d’ici 1 an ou 2 ?
Pensez-vous pouvoir avoir des ambitions en body building ?
Je ne sais pas. Vu tout l’amalgame qui a été dit sur moi, je ne sais pas si je pourrai y rentrer.
C’est-à-dire ?
Il y a eu beaucoup de choses qui se sont dites. Je vais me relever, c’est certain, il n’y a pas de souci. Mais je ne sais pas si je serai prête pour l’année prochaine. Après, avoir des ambitions dans le body building, je ne sais pas, on ne sait pas jusqu’où on peut aller. On ne sait pas les adversaires en face de nous. Ca dépend du niveau, d’énormément de choses. Moi, je suis toute petite, je commence dedans. Il y a plusieurs catégories, il y a plusieurs choses à prendre en compte.

Le body building, l’obsession de l’esthétisme

Quand on regarde les photos mises sur votre compte Facebook sous l’identité de « Daman Guyot » , votre corps est vraiment extrêmement sculpté, du moins pour une néophyte comme moi. Cela correspond pour vous à une notion esthétique ? C’est ce que vous recherchez ?
Quand on parle de compét body, on ne porte pas de charge. Il n’y a que l’aspect du corps qui compte. Plus on est tracés, mieux c’est.
Vous êtes satisfaite de ce que vous avez atteint ou ce n’est pas suffisant ?
Pas encore. Je ne dis pas que je vais grossir musculairement, mais il y a beaucoup de choses à voir. Je ne suis pas encore assez tracée. Je n’ai pas encore les petits détails qu’il faut. Il faut les atteindre avant la compétition. Il ne faut pas croire, ce n’est pas de la gonflette, il y a beaucoup d’alimentation à côté, et beaucoup d’entraînements aussi. Contrairement à ce que les gens peuvent penser.
L’entraînement consiste à soulever des poids ?
Oui. J’ai 2 entraînements dans la journée. Pas des entraînements de 10 minutes. C’est comme en athlé. J’ai perfé en athlé car je me suis donnée aux entraînements. Il n’y a pas à dire. Contrairement à ce que peuvent dire les gens, que je me suis dopée. Je ne me suis pas dopée depuis 10 ans, j’ai commencé cette année. Les performances que j’ai eu jusque là n’étaient pas dopées. Les gens pensent ce qu’ils veulent. Moi, je vous le dis, je n’ai pas gagné de place grâce aux stéroïdes. Si vraiment cela faisait effet, par exemple à la Transbaie, je n’aurais pas fait 4, j’aurais pu faire 1. Après, j’ai toujours fait 4 à la Transbaie. C’est exactement pareil en musculation. Il faut avoir des entraînements structurés, il faut travailler sur les bons muscles, sur des cycles. Ca fonctionne exactement pareil, sauf que c’est dans une salle avec des barres, des disques. J’ai mon métier à côté où je transpire énormément, je me dépense énormément, car je suis prof de fitness. Je fais 8 heures de sport par jour. Je ne suis pas dans un bureau. Je ne suis pas le coach qui va juste coacher ses élèves, qui explique et ne fait rien à côté.
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Comment le monde de la course à pied a-t-il vu évoluer votre physique ? La photo publiée dans le premier sujet remonte à plusieurs années, et votre corps n’a plus rien à voir maintenant.
La photo a déjà 5 ou 6 ans. Je ne travaillais pas encore. Je n’avais pas encore fait ma formation. Je n’étais pas dans le milieu de la musculation. J’avais environ 20-21 ans.
Et donc avez-vous eu des remarques ? Même si habillée, j’imagine qu’on ne voit pas tous vos muscles, il y a une grande métamorphose du corps.
Moi, je ne sais pas par rapport à mes coéquipiers en athlétisme. On accepte ou pas le corps qui change. C’est ma vie à moi. Je ne veux pas faire ma vie par rapport aux autres. Il y a eu des critiques. Il y en aura toujours des critiques. Mais c’est moi et mon corps, et c’est ma vie. Ca plaît, c’est bien. Ça ne me plaît pas, on me parle franchement. Il y a beaucoup plus de remontrances que de compliments. C’est sûr ! Ca m’est égal.
Votre entourage course à pied a un peu désapprouvé l’orientation body building ?
Oui, bien sûr. Pour eux, c’est une vie qui ressemble beaucoup plus à une vie masculine que féminine. Maintenant moi, je vois ma vie comme je l’entends. Je ne vis pas avec les autres. Ce ne sont pas eux qui font ma vie, c’est moi qui fais ma vie toute seule.
Comment ça se passe avec votre club de Mouy ?
Très bien. Ils sont dans l’optique qu’on est tous soudés les uns les autres, que les erreurs, ça arrive à tout le monde. Maintenant, c’est fait. Je ne vais pas pleurer sur mon sort. Je ne vais pas insulter la terre entière. C’est mon erreur, je l’assume. Je ne vais pas mettre l’erreur sur quelqu’un d’autre. Je n’ai pas le droit de mettre l’erreur sur quelqu’un d’autre. Je ne vais pas dire ce sont des cons, ils m’ont contrôlée. Le travail a été fait. Mais je pense que le travail n’est pas fait correctement.
A aucun moment, vous n’avez envisagé de nier ?
Non. Si j’avais voulu nier, j’aurais dû le faire dès le contrôle du 26 juin. Lors de mon contrôle, j’ai tout énoncé à la dame du contrôle, je n’ai rien caché, j’ai dit que je prenais ça et ça. J’aurais dû nier dès le départ. Mais non, je n’ai pas nié. Je suis une personne honnête. Je ne demande de la pitié de personne. Je ne demande le pardon de personne. Pour moi, je n’ai pas un niveau extraordinaire. Si vraiment les stéroïdes m’avaient aidée, j’aurais gagné plus que ça. Non, je n’ai volé aucun podium. J’ai couru, je me suis entraînée dur. Et je continue de m’entraîner dur. J’ai gardé 3 entraînements par semaine en athlé.

Interview réalisée par Odile Baudrier
Photo : D.R.