C’est une très surprenante suspension qui a été prononcée par l’AFLD à l’encontre d’Eric Carlesi, mis en cause pour avoir publié des protocoles de dopage sur les réseaux sociaux, et accusé donc de violation des règles anti-dopage. Ce contexte très particulier a conduit l’Agence Française de Lutte Anti-Dopage à publier cette décision sur ses propres réseaux sociaux. Une démarche inédite en France où les sanctions ne font jamais l’objet d’une communication officielle de l’AFLD !
Un tweet de l’AFLD informant le 5 mars 2026 sur X de la sanction prise à l’encontre d’Eric Carlesi. Cela ne peut qu’étonner sachant que jusqu’à maintenant, l’Agence Française de lutte Anti-Dopage a toujours maintenu le cap du refus de communiquer officiellement sur ses sanctions, que ce soit par communiqué de presse, ou par les réseaux sociaux. Ceci par application d’une règle de grande prudence, qui vise à protéger l’identité des sportifs suspendus, et au contraire de la méthode de l’Athletics Integrity Unit, ou de l’USADA, l’agence américaine, qui rédige un tweet à chaque suspension. Tout récemment, le sprinter Fred Kerley a d’ailleurs déployé beaucoup d’hostilité à cet « affichage » public après sa suspension de deux ans pour des no shows.
Une annonce sur X en accord avec le code du sport
Mais le cas très spécifique d’Eric Carlesi a amené l’AFLD à choisir une autre stratégie qu’explicite le responsable de la communication de l’agence : « Ce mode de publication répond à la volonté de communiquer sur le même support que celui utilisé par M. Carlesi pour détailler ses protocoles de dopage. »
Un changement d’attitude parfaitement légal puisque autorisé par le Code du Sport et décidé par la Commission des sanctions de l’AFLD de novembre 25 qui a imposé à Eric Carlesi « une interdiction définitive de compétition, d’entraînement et d’encadrement au sein d’une fédération sportive, d’une ligue professionnelle ou de l’un de ses membres, ou en application d’un diplôme ou d’un titre professionnel. »
La sanction est définitive. Pourquoi une telle sévérité ? Pour punir Éric Carlesi d’avoir communiqué des protocoles de dopage élaborés via son compte Instagram et sa chaîne YouTube, et intégrant des substances interdites. Des agissements reconnus comme des violations des règles antidopage, avec deux volets : l’administration aux sportifs d’une ou plusieurs substances interdites, car l’administration s’entend au sens large, y compris donc le fait de faciliter l’usage d’une substance interdite. Et deuxième violation : la complicité d’une violation des règles anti-dopage, là aussi dans un sens large, puisqu’il peut s’agir d’incitation, contribution.
Eric Carlesi fait la promotion du dopage sur le podcast BIOMECANIQUE
Le département des enquêtes de l’AFLD a établi que ces deux règles avaient été bafouées par Eric Carlesi, puisque diffusant des protocoles de dopage. A la date de communication officielle sur cette suspension, ces protocoles n’apparaissent plus sur les réseaux d’Eric Carlesi, identifié sur Instagram comme «fr.wolverine », visiblement supprimés par le youtubeur. Les recherches Google ne laissent plus apparaître que l’intervention d’Eric Carlesi sur le podcast BIOMECANIQUE avec un titre particulièrement suggestif : « Tout sur les stéroïdes sans filtres ni langue de bois ».
Toutefois ce podcast numéro 108 a disparu de la liste référencée par Jérôme Cazerolles, un ostéopathe qui a créé son podcast en 2019, avec un objectif très large « démystifier la mécanique du corps et de l’esprit dans grands sportifs, des athlètes et des spécialistes de leur domaine ». Sept ans plus tard, ce sont plus de 300 épisodes qui ont été diffusés avec 1.5 millions d’écoute sur les différentes plateformes et 6 millions sur la chaîne Youtube.
Sur Biomécanique, les extrémistes Dieudonné et Soral aux côtés des experts, comme Denis Riché
Les 200 invités sont d’origine plutôt hétéroclites, et certains noms ne peuvent que surprendre comme ceux des politiques Dieudonne et d’Alain Soral, que Jérôme Cazerolles accueille aux côtés de vrais spécialistes du sport, comme Denis Riche, docteur en nutrition, spécialiste en micro-nutrition, co-fondateur de Sport et Vie, ancien conseiller de l’équipe Festina et de nombreux sportifs, et qui aborde le thème du déclin cognitif.
À consulter le catalogue des épisodes déjà diffusés, il apparaît que Jérôme Cazerolles a déjà tendu son micro à plusieurs reprises à d’autres aficionados du dopage, comme Marc Antoine Grondin, sur le thème des anabolisants en musculation, ou il y a trois ans, « The Rob », un coach sportif et influenceur fitness, déjà pour parler des stéroïdes en musculation.
Mais cette fois, l’AFLD a envoyé un signal fort à ces influenceurs assoiffés de like…
- Analyse : Odile Baudrier
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