L’information de la suspension d’Aurore Fleury pour un pari sportif a été officiellement confirmée par l’Athletics Integrity Unit, ainsi que deux sanctions prononcées contre des athlètes allemands. Le respect de l’éthique s’affirme ainsi comme une nouvelle priorité pour l’AIU, en parallèle de la lutte contre le dopage, avec ce slogan Zéro tolérance pour le pari.
La surprise avait été grande dans le monde de l’athlétisme d’apprendre qu’Aurore Fleury avait reçu une suspension de six mois suite à un pari sportif en juin 2024 sur la victoire d’Alice Finot sur le 3000 mètres steeple du Championnat d’Europe.
Une décision qui suscitait un véritable émoi chez les passionnés comme en témoignent les réactions sur le post publié sur le Facebook de spe15. Et surtout une forte incompréhension de cette sanction qui choquait beaucoup de personnes, établissant un parallèle avec le dopage, bien trop souvent non détecté. Avec en filigrane, une grande méconnaissance des règles de l’éthique sportive et des bases juridiques autorisant à prendre une telle sanction.
Trois suspensions pour manipulation de compétition
L’Athletics Integrity Unit, très discrète jusqu’alors, est sortie du silence ce jeudi 29 janvier pour dévoiler les détails de cette affaire. Et avant tout pour affirmer que le sujet de l’éthique fait partie intégrante de ses objectifs, en parallèle des problématiques du dopage.
Le communiqué de presse intitulé « Zéro tolérance pour le pari » le confirme sans ambages : ce sujet devient maintenant prioritaire avec déjà trois cas de paris sportifs litigieux sanctionnés dans l’ombre ces derniers mois. Celui d’Aurore Fleury, et de deux lanceurs de disque allemands Henrik Hanssen et Steven Richter.
Ces derniers avaient parié sur leurs compatriotes durant le Championnat du monde de Tokyo pour lequel ils étaient également qualifiés. C’est finalement une suspension de trois mois qu’ils ont reçu, avec un sursis de trois ans.
Aurore Fleury sévèrement jugée car le pari est élevé
Le cas d’Aurore Fleury a été jugé avec plus de sévérité par l’AIU, avec 6 mois de suspension à partir du 1er septembre 2025 et une amende de 3000 euros à verser à une œuvre caritative. Tout simplement en raison des montants engagés lors des paris. Les deux Allemands avaient parié 40 euros pour l’un et 100 euros pour l’autre alors que pour la demi fondeuse, le montant était de 2000 euros. Avec à la clef pour elle, un gain de 5000 euros (cote de Finot de 2.5).
Un joli boni de 3000 euros qui a incité l’AIU à déployer le grand jeu pour aboutir à cette suspension, une grande première pour l’athlétisme au contraire des sports collectifs. Et l’instance s’est appuyée sur un point juridique particulièrement surprenant : la signature le 8 mars 2022 par Aurore Fleury du document « Accord de l’athlète » à l’occasion de sa sélection en Équipe de France pour le Championnat d’Europe indoor. Par cette signature, la demi fondeuse s’est engagée à respecter les règles et règlements de World Athletics, y compris le Code d’intégrité et les règles MCS (manipulation de compétition).
Un engagement qui demeure encore actif même 18 mois plus tard et même si Aurore Fleury n’était pas qualifiée pour le Championnat d’Europe de Rome où elle pariait sur la victoire de son amie, Alice Finot.
Un entraîneur peut-il parier ?
Ces éléments confirment que la manipulation de compétition peut être reprochée à de nombreux athlètes parieurs. Totalement ignorants de ces règles pour la majorité d’entre eux, comme l’était Aurore Fleury, affirmant pour sa défense qu’il s’agissait de son premier pari sportif et qu’elle l’avait d’ailleurs effectué sous son véritable nom, sans utilisation de pseudonyme.
Mais l’AIU n’a entendu aucun argument, soucieuse de profiter de cet acte pour créer un exemple et un électrochoc pour dissuader d’autres errements.
La tâche s’annonce immense car les paris sportifs sont désormais habituels pour les passionnés de sport. Un observateur attentif m’a ainsi transmis quelques captures d’écran du site Winamax qui dévoilent les paris effectués par un entraîneur français et son fils sur le marathon de Paris, ou encore sur relais des JO 2024. Peut-on considérer que ces personnes avaient eu accès à des informations privilégiées pour prendre ces paris sportifs et qu’elles pourraient se voir incriminer ? L’avenir confirmera la stratégie de l’AIU et ses fondements juridiques. Répression ou laxisme ? Les paris sont ouverts !!
Analyse : Odile Baudrier
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