Kevin Tyler en lice pour le poste d’entraîneur à la Fédération Australienne s’est vu mis à l’index par le Comité Olympique Australien, en raison de ses anciens liens avec Charlie Francis, le coach du sulfureux Ben Johnson. Kevin Tyler avait pourtant assumé cette fonction au sein de la Fédération Britannique avant les JO de Londres.

 

Les liens passés entre Ben Johnson et Kevin Tyler reviennent sur le devant de la scène

Les liens passés entre Ben Johnson et Kevin Tyler reviennent sur le devant de la scène

 

Un boomerang qu’il ne s’attendait certainement pas à recevoir. Le passé de Kevin Tyler revient lui faire face pour interrompre des années de réussite dans le monde du coaching.

Le pavé dans la mare a été jeté par le Comité Olympique Australien, avec l’injonction donnée à la Fédération Australienne que Kevin Tyler ne serait pas accrédité pour les JO de Rio dans le cas où il serait retenu comme « head coach » par la fédération.

En cause, les liens très privilégiés de Kevin Tyler avec Charlie Francis, le coach canadien au cœur du scandale du dopage de Ben Johnson. Kevin Tyler s’était entraîné dans les années 80 sous les ordres de Charlie Francis dans le même groupe que le très sulfureux Ben Johnson. Sprinter de de bon niveau à l’Université, il s’était reconverti dans le bobsleigh, sélectionné pour l’Equipe du Canada pour le Mondial 1987 et les JO de 1988.

Après le contrôle de Ben Johnson en 1988, Charlie Francis avait effectué de larges révélations à la justice canadienne, et selon les informations divulguées à l’époque, il aurait dévoilé l’usage du dopage sur 11 athlètes de son groupe, dont Kevin Tyler. Tous avaient ensuite fait l’objet de suspensions pour dopage, excepté justement Kevin Tyler… Et celui-ci a toujours nié l’usage de produits dopants, admettant seulement avoir reçu des injections inconnues de la part du coach décrié.

Kevin Tyler, coach en Grande Bretagne pour les JO

Cette sombre affaire paraissait profondément enfouie dans le passé de Kevin Tyler, qui avait connu depuis une carrière exceptionnelle, enchaînant les postes à responsabilités, chez Nike Canada, à l’Université d’Alberta, à la Fédération Canadienne puis Britannique. Diplômé en criminologie, il avait entamé une formation en coaching dès les années 1997, et ce domaine allait devenir sa prédilection, avec des fonctions dans diverses universités, à la Fédération Canadienne, et surtout en Grande Bretagne, où il se voyait recruté en 2008 dans l’optique des JO de Londres, en qualité d’entraîneur en chef.

Ces années de coaching allaient l’associer à la réussite d’athlètes de grand talent, comme James Dasaolu, Tyler Christopher… et il revendique ainsi 9 sélectionnés olympiques issus de 5 nations différentes.

A la fin de son contrat en Grande Bretagne, Kevin Tyler avait mis le cap sur l’Université d’Oklahoma, avant de postuler en ce début d’année pour le poste de head coach pour la Fédération Australienne et il demeurait en lice avec cinq autres candidats.

Le précédent scandale autour de Ekkart Arbeit

Mais le coup de grâce lui a été donné par cette sommation adressée à la Fédération, qui le retirait immédiatement de cette liste de prétendants. Comme le rappelle Mike Rowbotton sur « Insidethegames », cet imbroglio en rappelle un autre, vécu en 1997, lorsque la fédération australienne avait voulu recruter pour ce même poste Ekkart Arbeit, ex-coach en Allemagne de l’Est, et qu’on savait impliqué dans la programme de dopage systématique de ce pays.

La situation créée alors avait suscité une polémique monstrueuse en Australie, où athlètes, officiels et politiciens s’étaient heurtés sur des positions discordantes. Comme pour Kevin Tyler, la Fédération avait finalement battu en retraite. Et quelques années plus tard, à la faveur de la chute du mur de Berlin, on découvrait que Ekkart Arbeit n’avait pas seulement été un entraîneur pourri, mais également un espion pour la Stasi…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.