Le Conseil d’Etat a remis en cause la sanction d’Ophélie Claude Boxberger, pour allonger la suspension à quatre ans, au lieu des deux ans décidés en mars 2021. Ceci en application stricte des règles du Code Mondial Anti-Dopage. Et en écartant les circonstances atténuantes prises en compte par la Commission des Sanctions, le rôle trouble d’Alain Flaccus et la fragilité psychologique de la jeune femme.

La loi, rien que la loi. Le Conseil d’Etat se refuse à s’écarter de cette ligne de conduite opposée aux décisions très circonstanciées adoptées par la Commission des Sanctions de l’AFLD dans deux affaires très semblables. Celles de Marion Sicot et d’Ophélie Claude-Boxberger. Avec à la clef, une sanction identique : une interdiction de 4 ans au lieu des 2 années prononcées initialement.

Pour les deux jeunes femmes, leur défense s’appuyait sur un contexte de harcèlement et de manipulation. Pour justifier son contrôle positif à l’EPO, la cycliste Marion Sicot avait invoqué le harcèlement de son directeur sportif, qui l’aurait poussée à recourir au dopage, dans le contexte d’un statut très précaire.

Pour Ophélie Claude Boxberger, l’argument reposait sur un acte malveillant d’Alain Flaccus, son ancien entraîneur, qu’elle accuse de harcèlement sexuel durant son adolescence, et qu’elle affirme qu’il lui aurait injecté à son insu de l’EPO, par jalousie de sa nouvelle relation avec Jean Michel Serra, médecin de la FFA, et licencié par la suite.

Plusieurs injections d’EPO

Mais le Conseil d’Etat a balayé ces aspects « périphériques » pour se concentrer strictement sur les éléments factuels. A savoir ce contrôle positif à l’EPO du 18 septembre 2019, et les conclusions du rapport de l’expert Martial Saugy, ancien patron du laboratoire de Lausanne, qui affirme « il est fortement probable que les résultats d’analyse du contrôle soient la conséquence de plusieurs injections d’EPO, dont la dernière aurait été effectuée deux ou trois jours avant le contrôle ».

Exit donc l’idée soutenue par Ophélie Claude Boxberger que l’EPO retrouvée dans son échantillon provenait d’une injection unique effectuée le 12 septembre 2019 par Alain Flaccus, durant un massage et alors qu’elle s’était endormie, assommée par la fatigue et un cocktail de calmants forts.

Mais pour les spécialistes anti-dopage, l’équation « une injection unique d’EPO, et un contrôle positif » ne tient pas vraiment la route. Le hasard, ou la malchance, selon le point de vue, apparaît plus qu’improbable, compte tenu de la vitesse d’élimination de l’EPO.

Dans le rapport de l’expert Martial Saugy, un autre échantillon positif à l’EPO avait été mentionné, celui découvert lors du prélèvement sanguin effectué le 23 septembre 2019, à l’arrivée d’Ophélie Claude Boxberger au championnat du monde de Doha, dans l’objectif de compléter son passeport biologique. L’échantillon n’avait été analysé qu’a posteriori, à la demande de l’AFLD, comme les règles le permettent dans toutes les procédures. Cet élément qui pesait également en faveur d’injections répétées, n’a pas été repris par le Conseil d’Etat.

La fragilité d’Ophélie Claude Boxberger sans lien avec le dopage

Par contre, l’instance s’est résolument placée en opposition avec la prise en compte par la Commission des Sanctions des éléments de fragilité psychologique d’Ophélie Claude Boxberger, qui avaient pesé lourd pour que la sanction soit écourtée à seulement deux ans. Mais le Conseil d’Etat a réfuté le lien de cette affaire avec cette fragilité psychologique et, surtout, a refoulé l’argument qu’elle avait souffert d’une pression particulière, car sans soutien de la part de la FFA durant son stage à Font Romeu, préalable à sa sélection pour le Mondial de Doha. Car comme le rappelle la décision du rapporteur, elle avait reçu à plusieurs reprises durant ce stage la visite de l’entraîneur national (Jean François Pontier) et du médecin fédéral (Jean Michel Serra), deux représentants officiels de la FFA.

La relation sentimentale entre l’athlète et Jean Michel Serra venait d’apparaître au grand jour quelques mois plus tôt, le médecin étant officiellement présenté dès la mi-août 2019 comme le fiancé d’Ophélie. Paradoxalement, les séjours répétés de Jean Michel Serra à Font Romeu fragilisent maintenant cette théorie de l’isolement de l’athlète, et son argument de cette crise de jalousie d’Alain Flaccus, qui l’aurait conduit à cet acte malveillant d’injection d’EPO.

En se livrant à une analyse froide et strictement juridique, le Conseil d’Etat se refuse ainsi à se positionner sur le rôle exact d’Alain Flaccus. L’AFLD n’obtient ainsi pas satisfaction sur sa demande d’une sanction de 8 ans, au motif d’une double falsification par Ophélie Claude Boxberger. Toutefois le rapporteur estime non établie l’idée qu’Ophélie Claude Boxberger aurait incité Alain Flaccus à mentir.

Une suspension jusqu’en avril 2024

Dans la première décision de la Commission des Sanctions, le doute sur le contexte complexe de ce contrôle positif avait bénéficié à Ophélie Claude Boxberger. Mais pour le Conseil d’Etat, cette décision porte atteinte au dispositif de la lutte anti-dopage, et la règle « normale » d’une sanction de 4 ans doit s’appliquer. C’est ainsi que la suspension de deux années supplémentaires débutera en avril 2022.

Paradoxalement, les performances réalisées par Ophélie Claude Boxberger depuis le mois de novembre 2021, date de sa reprise après suspension, demeureront sur les tablettes. En particulier sa place de 16ème au France de 10 km du 9 avril, qu’elle a couru enceinte de cinq mois. Ophélie Claude Boxberger avait révélé quelques jours plus tôt sa grossesse, par une photo aux côtés de son compagnon Jean Michel Serra, avec sur son ventre légèrement arrondi, deux petits pieds et le slogan Paris 2024. Mais le rêve d’un marathon olympique aux JO de Paris qu’elle répétait à l’envie apparaît maintenant très improbable, avec une fin de suspension en avril 2024.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photos : D.R.
  • https://www.conseil-etat.fr/actualites/dopage-une-sanction-portee-a-quatre-ans-pour-ophelie-claude-boxberger