Mohamed Younes Idris a quitté son Soudan natal pour le centre d’entraînement de saut en hauteur de Cologne en Allemagne. Le sauteur en hauteur évolue sous les couleurs du club de Strasbourg Agglomération, et il s’est une nouvelle fois mis en évidence avec la victoire au Championnat de France en salle.

 

France en salle 2015 18

 

Sa taille le prédestinait au saut en hauteur, et Mohamed Younes Idris a débuté sur les sautoirs en 2005 à l’âge de 16 ans. Le pays est exsangue, il s’extirpe à peine de la guerre civile. A Khartoum, la capitale, où il réside, il se trouve isolé et sans coach. Il se borne alors à un banal 2.05 mètres. Cela suffit pour lui enfiler un maillot national et l’embarquer dans l’avion pour Tunis, où s’enchaînent Championnats junior d’Afrique et Championnats Pan-Arabe.

Les techniciens de la Fédération Internationale sont à l’affût, et repèrent son potentiel. Mohamed se voit offrir une bourse d’études pour rejoindre le centre de haut niveau de Dakar. Il n’hésite pas à saisir cette chance, et laisse derrière lui sa mère tout juste veuve, et ses cinq sœurs. Au Sénégal, les barres montent, les 2.24 mètres sont franchis à la fin 2011 lors des Jeux Pan Arabes de Doha.

Le parcours de Mohamed Younes Idris prend un virage radical en 2013. A nouveau détecté par l’IAAF, pour intégrer cette fois le centre mondial IAAF de haut niveau de la hauteur installé à Cologne en Allemagne. Un lieu d’élite dirigé par un orfèvre de la discipline, le Docteur Wolfgang Ritzdorf.

Sous la houlette du Dr Ritzdorf, maître es saut en hauteur

Le background du Dr Ritzdorf pullule de références d’exception. Cet ancien entraîneur national en Allemagne a ainsi accompagné Ulrike Meyfarth pour son titre olympique de 1984 et Heike Henkel pour celui de 1992, et conseillé six sauteuses ayant dépassé les 1.90 mètres.

L’homme est aussi un théoricien de renom, ses écrits fourmillent, ses interventions en symposium foisonnent. Il y ajoute également des fonctions à l’Université des Sports de Cologne, et la direction du fameux centre IAAF, lieu d’accueil privilégié pour des sauteurs isolés et sans moyens, issus du monde entier.

Mohamed Younes Idris connaît une arrivée très délicate à Cologne, il l’avoue : « L’adaptation a été très difficile. » Même s’il partage son quotidien avec deux autres sauteurs, un Mexicain et un Caraïbien. Tous les trois passés au crible scientifique du Dr Ritzdorf, qui livre une analyse technique fine pour chacun dans diverses présentations.

De suite la collaboration entre le jeune Soudanais et l’expert es hauteur se révèle positive. En un an, il amène son record à 2.28 mètres l’hiver et 2.24 mètres l’été, nouveaux records nationaux.

Paradoxalement, c’est en France, à Bordeaux que Mohamed Younes Idris s’est envolé vers les 2.28 mètres, lors du France en salle 2014, qu’il gagne, comme il l’a encore réussi pour le France en salle 2015 d’Aubière.

Doris Spira l’accueille au Strasbourg Agglomération

Une victoire conquise cette saison sous le maillot de « Strasbourg Agglomération Athlé », le club qu’il représente depuis l’année dernière. Doris Spira, la présidente du club, explique : « Il avait été invité par la FFA à disputer Bordeaux. Il avait battu le record du Soudan. Il a demandé à la DTN d’intégrer un club. On m’a demandé et j’ai accepté. »

La géographie donnait une logique à ce choix, Strasbourg n’est qu’à 350 km de Cologne. Mais surtout, la DTN savait recevoir une oreille très attentive, en se tournant vers Doris Spira, une infatigable ambassadrice de l’athlétisme, impliquée dans son club, dans sa ligue depuis près de 40 ans, présente au Comité Directeur de la FFA depuis plus de dix ans.

Cette Alsacienne de 60 ans n’a pas rechigné à jouer ce rôle d’accueil, Mohamed Younes apporte un renfort précieux au club pour les interclubs. Mais au-delà de cet aspect « comptable », cette femme dynamique souligne la gentillesse de cette recrue et sa disponibilité, parfois présent pour les stages jeunes par exemple, où il distille quelques conseils en anglais.

Mohamed Younes Idris ne dit pas autre chose : « C’est un club très agréable. J’ai reçu un très bon accueil. C’est ma première médaille pour eux, je suis content ! »

Depuis ses débuts en 2005, ce globe trotter de la hauteur a sillonné la planète athlé, dans tous les sens, avec trois championnats d’Afrique, les Jeux All African, les Jeux Pan-Arabes.

Son premier Mondial, celui de Moscou, a été très timide, éliminé en qualification, alors qu’il valait 2.26 mètres. Maintenant, Pékin est en ligne de mire, et l’élève du Docteur Ritzdorf a maintenant les moyens d’y faire beaucoup mieux.

Texte : Odile Baudrier

Photo : Gilles Bertrand