Avec un record à 10’’26, Marvin René est le nouvel espoir du sprint français. A 20 ans, il vient d’intégrer le relais pour les Mondiaux qui auront lieu ce week end aux Bahamas. Il est le fruit d’une détection portant ses fruits dans un coin de France qui cherche encore à se construire une culture athlétisme.

Un bon 10’’29 qui ébouriffe, un bon 20’’59 en coup de griffe et Marvin René s’en est allé. Le sac vite fait, l’au revoir à la maman dévouée, les recommandations du coach dans la poche. Pour un long voyage. Un vol Cayenne – Orly, changement d’aéroport express pour un second vol Roissy – Nassau. Deux fois l’Atlantique à traverser !!! Une sélection pour le Mondial de relais, ça vaut bien ça !

René 1 aMarvin René a une bonne bouille toute ronde. Un joli sourire. Un petit côté espiègle dans les coins de lèvres lorsqu’il déclare « Je suis quand même venu pour leur mettre des bâtons dans les roues ». C’était à Aubière, cet hiver. A deux épaules de Christophe Lemaitre. Un petit gars pas bien haut, pas vraiment le style bombe de muscle, tout son contraire même. Mais des gigas d’énergie et d’explosivité. Deux prénoms, un nom, Aubière découvrait ce jeune homme de 20 ans venu réchauffer le sprint français entre un Vicaut en souffrance et un Lemaitre en pénitence. Troisième en 6’’72 sans avoir préparé spécifiquement la salle…Les coachs de l’Insep ont froncé des sourcils…Hum ! Pas mal !

La Guyane n’est pas une grande terre d’athlétisme. Un seul indice, ce carré de France tropicalisée attend toujours qu’un enfant du pays se qualifie pour les Jeux Olympiques. Pourtant le potentiel est là. Pas besoin de compas, un œil sur la Jamaïque, un autre sur la Floride, Gaëtan Tariaffe est le mieux placé pour l’affirmer : « C’est très frustrant. Oui nous avons des similitudes avec l’ensemble de la Caraïbe mais c’est politique. En Guyane, notre approche est trop multidisciplinaire ». Entraîneur de Marvin René, président de Ligue, ancien sprinter lui-même, ancien CT et actuellement directeur adjoint des sports au CG de la Guyane, son CV est assez long pour qu’il puisse témoigner. Il en connaît tous les coins et les recoins. Il a vu passer plus d’un DTN et plus d’un président depuis son retour au bercail en 1989. «J’étais dans le groupe de Fernand Urtebise, j’avais tenté de me qualifier sans succès pour les J.O. de Séoul. Alors je suis rentré ». Il devient alors conseiller technique et débute ainsi cette longue carrière de dénicheur, conseiller, formateur et encadrant.

« Marvin restera tant qu’il progressera »

Aujourd’hui, le constat est mi-figue, mi-raisin avec ce sentiment général que tout reste encore à faire. La forêt est immense à arpenter ! Les quartiers paupérisés sont immenses à prospecter. 11 clubs, trois de plus créés lors de ces trois dernières années, au total près de 1000 licenciés, un nouveau stade Edmard Lama aux normes internationales, un nouveau conseiller technique, Katia Benth, ancienne internationale, championne d’Europe avec le relais 4 x 100 m en 1998, investie pour piloter les projets comme le plan Caraïbe, le plan minime portant déjà leurs fruits, Loïc Prévot encore cadet mais grand espoir du 400 en est issu ainsi que Marvin René.

Alors on fonde bien sûr beaucoup d’espoir sur ce sprinter qui, les 2 et 3 mai, sera l’une des charnières du 4 x 200 mètres français sur la piste de Nassau pour les championnats du Monde de relais. « L’objectif, c’est qu’il intègre le collectif relais pour les J.O.» Gaëtan Tariaffe a vu juste et voit loin. Il le découvre lorsqu’il est benjamin, un gamin traînant savates dans les basques de sa sœur Aurélie. Le constat de l’entraîneur : «. Il n’aimait pas l’athlé mais il est hyper rapide, il avait du pied. Je suis encore fasciné par sa capacité à s’adapter aux exercices ». Longtemps, il ne prendra pas conscience de son potentiel, allant et venant, pas toujours fidèle et ponctuel aux entraînements. Puis le déclic est arrivé. Les France jeunes, deux années de suite sur le podium, le titre sur 200 m et sa première sélection pour les Europe juniors à Rieti en 2013. L’année 2014, elle est à oublier, les pépins physiques, la mamie dont il était très proche décède, son échec au Bac, Marvin doute. Le coach le prend par l’épaule et ensemble ils redéfinissent les objectifs à atteindre avec la complicité des parents, dont la maman très présente qui, chaque jour, avant de prendre son service de nuit à l’hôpital s’occupe du fiston. Se pose bien sûr la problématique de rester au pays ou partir en métropole, la question est vite tranchée : « Marvin restera tant qu’il progressera ».

« Comme en métropole, il faut créer les conditions de la réussite »

Autour de lui, un groupe d’entraînement s’est formé au sein de l’AS Etoile Montjolienne avec le triple sauteur Harrisson Innocent, Abdoulaye Touré coureur de 400 m, un mécano en aéronautique arrivé de métropole pointé en 46’’97 en 2013 et Roxanne Gravier 7 ‘’49 cet hiver et déjà 11’’96 ce printemps. Au centre du cercle, Marvin René, pour faire mûrir ce talent brut, ce compétiteur né. Gaëtan Tariaffe le précise : « Autant à l’entraînement, il faut parfois le bousculer, en compétition, il se transforme. Sa marge de progression est exceptionnelle ». Un budget de préparation olympique a même été calculé, le coût, 250 000 euros avec un appel aux entreprises pour financer les stages, en Floride au contact de Loren Seagrave ou bien encore en Jamaïque, à l’automne prochain dans le camp de Glenn Mills à Kingston. « Comme en métropole, il faut créer les conditions de la réussite ».

« Le Monde en Guyane, Naturellement sportive » à un an et demi des J.O., les élus de Guyane ont trouvé le slogan. Objectif, promouvoir et vendre ce morceau d’Amérique du Sud, à un lancer de caillou du Brésil, comme base arrière pour préparer les J.O. Pour cela, des ambassadeurs ont été trouvés, les anciens, Malia Metella, Ulrich Robeiri, Lucie Decosse, Katia Benth, Serge Lama qui ont brillé et mouillé le maillot tricolore. L’espoir Marvin René pourrait être le prochain sur la liste. A lui de saisir sa chance.

> Texte et photo Gilles Bertrand