Il n’y a pas que Mo Farah qui s’entraîne sous les conseils d’entraîneurs américains. Lee Emanuel et Chris O’Hare, deux autres talentueux demi-fondeurs britanniques font de même.

 
Alberto Salazar à Portland dans l’Oregon. Joe Franklin à Albuquerque dans le New Mexico. Terrence Mahon à Boston dans le Massachusetts. Ces trois entraîneurs amériains se cachent derrière la réussite des meilleurs  demi-fondeurs  britanniques.

LEE EMANUELOn ne présente plus Alberto Salazar, l’entraîneur le plus réputé des Etats-Unis en demi-fond, conseiller des meilleurs Américains, comme Galen Rupp, Mary Caines, mais aussi du Canadien Cam Levins et bien sûr de Mo Farah.

Le Britannique l’avait rejoint à Portland début 2011. Il tournait alors le dos au coach de ses débuts, Alan Storey, une référence en Grande Bretagne, conseiller de Richard Nerurkar et entraîneur national du marathon.

La collaboration Farah/ Salazar bénéficie d’une visibilité médiatique exceptionnelle à la hauteur des performances qu’elle a permis à Mo Farah d’atteindre, en un an, sous la houlette de cet expert, il passe d’un niveau relativement banal à celui de leader mondial sur le demi-fond long.

Deux autres Britanniques se sont placés sous les ordres d’un coach US. La formule leur a bien réussi, il leur a fallu plus de temps pour éclore. A 30 ans, Lee Emanuel obtient sa première distinction majeure, la médaille d’argent sur 3000 mètres au Championnat d’Europe en salle, il est conseillé depuis six ans par Joe Franklin à Albuquerque. Le jeune Chris O’Hare, 25 ans, ramène le bronze sur 1500 mètres, à son mentor Terrence Mahon à Boston, sa 2ème récompense après le bronze des Europe d’été.

Lee Emanuel émerge avec Joe Franklin

Les noms de ces coachs sont moins prestigieux, et pourtant leur expertise est reconnue. Joe Franklin est entraîneur depuis 1991, et chapeaute la section athlétisme de l’Université du New Mexico depuis 2007. Ce poste d’Albuquerque figure parmi les plus convoités des Etats-Unis, compte tenu de la réputation de l’Université du New Mexico dans cette ville adulée par les athlètes pour son altitude.

A travers les années, il a accumulé les honneurs, mis en valeur en particulier par la distinction du « Program of the Year », de la Fédération US qui récompense les meilleures équipes s’illustrant en cross, indoor et outdoor. Et son équipe s’est hissée à six reprises en première place de ce palmarès.

Dans un pays où la compétition fait rage dans tous les domaines, un autre élément important pour jauger la qualité d’un coach est pris en compte : le nombre de « All Americans », une distinction revenant aux meilleurs athlètes de chaque discipline. Et Joe Franklin peut ainsi se targuer d’avoir drivé 24 personnes à ce rang, parmi lesquels figure justement Lee Emanuel.

Le Britannique s’est affirmé comme une recrue de choix pour l’Université du New Mexico, lui ramenant deux titres Champion NCAA sur le mile indoor en 2009 et 2010. C’est de manière très classique que Lee Emmanuel s’est exilé à Albuquerque. Après un diplôme obtenu à l’Université Hallam de Sheffield, il s’y attaque à un Master en Physical Education, repéré en 2007 alors qu’il vaut 3’44’’ au 1500 mètres, et il réussit 3’40’’ dès 2008.

En-dehors de ces performances NCAA, Lee Emanuel demeure plus que discret jusque très récemment,  19ème seulement aux Commonwealth Games sur 5000 m en 2012, et sorti dès les séries du 1500 m au Mondial indoor 2014 ou des Commonwealth Games 2014, malgré ses progrès chronométriques.

Cet hiver, il émerge et  devient 2ème performer européen sur 1500 m avec 3’35’’66, et 3ème sur 3000 m, avec 7’46’’88. Il ne rate pas le rendez-vous de son championnat d’Europe, pour aller conquérir la médaille d’argent sur 3000 mètres derrière l’intouchable turc Ali Kaya, amenant son record à 7’44’’48.

A 30 ans, l’élève de Joe Franklin lui ramène un accessit international.

Chris O’Hare à Boston avec Terrence Mahon

C’est en plein cœur des Etats-Unis, dans l’Oklahoma que Chris O’Hare s’est exilé depuis sa ville d’Edimbourg en Ecosse. Une fois de plus, le scénario de la bourse universitaire, qui l’amène à l’Université de Tulsa, en 2008, repéré pour sa marque de 3’50’’ sur 1500 m à 18 ans.

Chris O'HAREChris O’Hare y évolue dans le groupe drivé par Steve Gulley, et ne dissimule pas combien le système  NCAA se révèle plus propice à la performance que celui en place au Royaume Uni.

Un cadre qu’il apprécie tellement que une fois ses études de Science de l’Exercice achevées, le jeune Ecossais ne remet pas le cap sur son pays natal, mais s’installe à l’autre bout du pays, sur la côte est à Boston. Pour s’y mettre sous la houlette de Terrence Mahon, l’un des maîtres de l’entraînement aux Etats-Unis.

Moins médiatique qu’Alberto Salazar, il peut pourtant se targuer d’avoir coaché huit sélectionnés olympiques depuis 2005, il a été impliqué dans des structures privées de coaching, comme Spiridon Running, le Team Running USA, devenu le Mamoth Track Club, et a reçu moult Awards de la Fédération US.

Il n’est pas un inconnu en Angleterre pour avoir été employé également par la Fédération Britannique dans la période pré-olympique de Londres comme coach pour l’endurance.

C’est à Boston désormais que Terrence Mahon travaille, pour le BAA, la structure organisant le marathon de Boston, avec le projet de créer un groupe d’entraînement de haut niveau regroupant des athlètes US. L’initiative est originale, avec l’objectif de réunir dans le futur les meilleurs Américains sous les couleurs du BAA.

Chris O’Hare a rejoint Terrence Maho à Boston. Le coach ne pouvait pas laisser échapper un tel talent. L’entraînement au sein de l’Université de Tulsa a produit ses premiers effets dès 2012, où l’Ecossais de 22 ans s’illustre avec le titre NCAA sur le mile indoor. Au mondial 2013, il accède à la finale sur 1500 mètres. Et l’été dernier à Zürich, il prend son envol avec la médaille de bronze sur 1500 m. A Prague, il renouvelle cette 3ème place.

Le Britannique s’est retrouvé au cœur d’un 1500 mètres dynamité par le Turc Obzilen, impulsant un rythme rapide, augmentant encore à l’attaque du Tchèque Holusa, soutenu par un public en effervescence.

Dans cette course atypique en championnat, qui se soldera par un chrono de 3’37’’, Chris O’Hare a montré qu’il avait un mental solide et un physique costaud.

Thanks to the USA !

    Texte : Odile Baudrier
    Photos : Gilles Bertrand