La sanction d’un sportif après des faits de dopage s’invite parfois aussi au tribunal. C’est ainsi que Mahmoud El Hamri, suspendu quatre ans pour EPO en octobre 2019, a été condamné à un mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende. Une sanction à valeur d’exemple pour Christophe Bassons

« C’est une peine symbolique. Mais cela montre que la justice peut te rattraper. » C’est ainsi que Christophe Bassons a accueilli la condamnation de Mahmoud El Hamri par le tribunal correctionnel de Bordeaux. Et il est vrai que le tribunal a été plutôt clément, avec une peine de 1 mois avec sursis et 500 euros d’amende, et sans inscription au casier judiciaire.

A la base de cette inculpation, les faits de détention et transport de l’EPO. Cette EPO qui avait été retrouvée dans ses analyses suite à un contrôle anti-dopage réalisé en mai 2019 lors du premier tour des interclubs. Justement à l’initiative de Christophe Bassons, alors en charge des contrôles pour l’AFLD.

Depuis, suite à la réforme des statuts impulsés par l’AFLD, Christophe Bassons a quitté ses fonctions au sein de l’agence antidopage, pour se concentrer exclusivement sur la prévention et le trafic autour des produits dopants dans le cadre de son travail au sein de la Direction Générale des Sports d’Aquitaine.

Lors de son départ, en évoquant les moments forts de son action dans l’antidopage, l’ancien cycliste avait avoué que ce contrôle positif avait l’un des plus marquants de sa carrière, en raison de son impact fort au niveau régional, et sur le message envoyé aux athlètes, celui de la prévention.

Une enquête de police pour créer l’exemple

Et c’est dans ce même état d’esprit qu’il commente ainsi cette décision judiciaire, celui de l’exemplarité : « Même si ce n’est pas grand-chose, c’est tout de même intéressant. Cela prouve aussi que la police judiciaire a travaillé sur ce dossier. » L’enquête a ainsi conduit à plusieurs auditions, analyses des téléphones, perquisition au domicile, où ont été découverts des produits, à la frontière entre les dopants et les simples compléments alimentaires, comme la carnitine, lamaline, glutathion.

Mais c’est bien sûr pour la détention d’EPO que Mahmoud Elhamri se voit sanctionné. Le jeune homme a avoué durant l’enquête que c’est au Maroc qu’il l’avait achetée. Et prétexte qu’à la suite d’un soin effectué avec la technique des ventouses, dite Hijama, il avait connu une baisse de son taux d’hématocrite. Ce serait donc pour augmenter ce taux qu’il aurait eu recours à l’EPO, à deux reprises, en janvier et en mars.

Une information étonnante tant la technique du Hijama est maintenant répandue parmi les sportifs. Et il est plutôt admis que les grosses seringues utilisées avec les ventouses peuvent au contraire être bien utiles pour permettre une baisse très rapide du volume sanguin dans le cas où le taux d’hématocrite explose sous injection d’EPO…

Peu d’affaires arrivent au tribunal

Quoi qu’il en soit, cette affaire Elhamri fait partie du très petit nombre de celles qui arrivent jusque devant un tribunal. Il y a le précédent de Bertrand Moulinet, positif au FG 4592 au printemps 2015, qui avait connu le même sort, avec à la clef une peine de 6 mois de prison avec sursis prononcée en septembre 2017 à Perpignan, après une enquête menée par l’OCLAESP. Le marcheur avait, lui, été trouvé en possession de pléthore de produits douteux, qu’il a toujours soutenus avoir commandé sur internet en Ukraine.

A l’opposé, un autre cas retentissant, celui de Laïla Traby, positive à l’EPO en novembre 2014, n’a jamais débouché sur un passage devant les tribunaux. L’enquête de l’OCLAESP avait pourtant identifié deux personnes actives dans sa dérive, Salim Ghezielle et Charaf Belamkaddem, mais à date, l’affaire n’a guère avancé au niveau du tribunal de Marseille.

Depuis cet épisode, Laïla Traby a entièrement remanié sa vie, tournant définitivement le dos à l’athlétisme pour se former au Maroc, en compagnie de son nouveau mari, à la technique du Hijama, qu’elle décline en priorité en faveur des femmes souffrant d’infertilité. L’athlétisme apparaît maintenant très très loin de cette maman de trois filles.

Et demeurent encore en cours à l’OCLAESP les investigations autour de Clémence Calvin et son compagnon Samir Dahmani et d’Ophélie Claude-Boxberger, qui pourraient réserver quelques surprises notables.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.