Hassan Chahdi a connu une réussite exceptionnelle durant cette saison hivernale, avec un enchaînement indoor-cross-semi marathon ponctué par les titres et chronos. Le jeune athlète s’attaque ce samedi 28 mars au Championnat du Monde de cross en Chine.

 

Hassan Chahdi

Hassan Chahdi

Le 3000 mètres en salle. Le France de cross. Le semi-marathon de Paris. Le Championnat du Monde de cross. Hassan Chahdi apparaît saisi de boulimie. Comme s’il voulait en finir avec cette morne image d’athlète trop discret et très fragile.

Hassan veut exister et prouver que tout son talent n’a pas encore germé. Son hiver enlève tous les doutes que des saisons blanches et ternes avaient pu entretenir. Deux titres de champion de France, et un chrono de 1h 01’42’’ pour  son premier semi-marathon. La moisson a été fructueuse. Et ses trois derniers mois très convaincants.

Comme une renaissance débutée fin décembre aux 10 km de Houilles (29’30’’), et s’effilochant ensuite à la Prom’Classic (29’07’’), au cross du Mans (5ème), sur 3000 m indoor 8’02’’, et la suite est connue…

Sa confiance a suivi la courbe des performances, au point qu’il se prépare à un nouvel enchaînement très inédit, avec le Mondial de cross trois semaines seulement après son semi-marathon de Paris. Dans le milieu, cette succession a fait débat. Dès le soir du France de cross, le 1er mars, Philippe Dupont, le manager national du demi-fond, n’a pas dissimulé qu’il préférait que le jeune athlète oublie son envie de semi-marathon, et qu’il se réserve pour le Mondial de cross. Il aurait eu ainsi quatre semaines entre ses deux cross.

Jean Claude Vollmer, en accord avec Hassan Chahdi

Mais Hassan Chahdi ne l’entendait pas de cette oreille, et n’a rien souhaité changer à son programme originel. Paris ? La Chine ? Il ne voulait pas choisir, il  voulait tout ! Jean-Claude Vollmer l’a écouté. Le coach supervise le jeune athlète depuis 18 mois, et son arrivée à l’INSEP à la rentrée 2013. Il explique tranquillement : « Oui, au départ, je n’étais pas trop favorable au Mondial après le semi. Mais il avait très envie. Comme j’ai été un peu dans le milieu, je sais bien qu’une sélection ne se refuse pas ».

Sa fonction de DTN adjoint s’est achevée en 2001, après 4 années très denses, mais Jean-Claude Vollmer n’a pas oublié certaines règles… Et celle du maillot bleu-blanc-rouge qu’on se doit d’honorer en fait partie.

Mais tout de même, n’est-ce pas une drôle d’idée pour cet entraîneur réputé que de valider ce très surprenant choix de son élève ??? Jean-Claude Vollmer lance une toute autre version : « Après réflexion, j’ai trouvé que ce n’était pas inintéressant ! Hassan se retrouvera dans une vraie confrontation au Mondial alors qu’il n’était vraiment pas bien en début de saison. » Pour preuve sa très modeste 39ème place au Championnat d’Europe de cross début décembre.

Surtout, il l’avoue tranquillement, la compétition est un aiguillon qu’il hisse au pinacle et particulièrement pour son protégé : « Il n’y a que la compétition pour apprendre et progresser ! Dans le cas d’Hassan, c’est encore plus important. Car il a beaucoup de mal à aller vite en footing. Pour le tempo, il n’est pas exceptionnel non plus. Moi, cela ne me gêne pas qu’il fasse 10 km tous les 15 jours, parce qu’il ne le fera pas à l’entraînement ! »

A bientôt 60 ans, ce vieux briscard de l’athlétisme, qui a accompagné Bob Tahri, Mehdi Baala, a connu des athlètes par wagons. Malgré tout, il admet ne pas avoir de souvenir d’un coureur alignant semi+mondial de cross. Mais il se rattrape très vite : « Chez les Kenyans et Ethiopiens, il y en a un paquet qui ont le profil type. Il y en a tellement qui courent, que forcément certains ont fait la même chose ! »

Paul Tergat, le semi-marathon après le mondial de cross

Pour le vérifier, il faudrait éplucher au peigne fin des flopées de palmarès. Spontanément, la mémoire se tourne vers Paul Tergat, dont la polyvalence cross-route ne peut s’ignorer, ponctuée par 4 titres mondiaux en cross, 2 en semi-marathon, et 5 chronos sous les 60’.

Le Kenyan s’était en particulier fait une spécialité de l’enchaînement Mondial de cross-Stramilano. La célèbre épreuve de Milan était son lieu de prédilection dès 1993, il y est le premier homme au monde à passer sous les 60 minutes en 1995, et il reviendra dérouler sa  longue foulée sur les pavés milanais jusqu’en 1999.

A deux reprises, il suit son sacre sur le Mondial de cross par une grosse performance sur le semi italien. Le 23 mars 1997, il brille à Turin pour son 2ème titre, et le 12 avril, il gagne à Milan. Il réédite en 1999, sacré à Belfast le 28 mars, et vainqueur à Milan le 17 avril en 59’22’’. Toutefois, avec ces doublés, l’élève du Docteur Rosa respectait une certaine logique, celle de l’allongement des distances, le cross d’abord et le semi ensuite.

Malgré tout, pour Jean Claude Vollmer, sur un plan physiologique, les contradictions ne sont pas si fortes, en raison de la distance au programme du Mondial, soit environ 10 km de course. Pour lui, la difficulté se situe à deux niveaux. D’abord, ce Mondial 2015 aura lieu en altitude, et dans un climat avec beaucoup d’humidité. Ensuite, dans l’obligation de poursuivre sur un pic de forme apparu depuis la mi-février, au Championnat de France indoor.

Hassan Chahdi face aux Américains et aux Australiens

Et le coach admet : « Cela beaucoup de semaines difficiles sur le plan nerveux. » Effectivement, à 12 jours de son Mondial, Hassan Chahdi a accusé le coup, avec un gros coup de fatigue. Jean-Claude Vollmer a pris acte : il a levé le pied, est passé à un entraînement par jour, a supprimé les séances, et s’est limité à de l’affûtage, avec tout de même une ultime séance de côtes effectuée 7 jours pile avant sa course. Pour la dernière semaine, ce sera carte blanche à Hassan : « Je les laisse tranquille. S’il a envie de rien faire, il ne fait rien. Il sait très bien sentir ce dont il a besoin ! »

Surtout que le coach a une certitude : « Il ne faut pas arriver là-bas pas frais et sans envie. » Cette idée en appelle une autre qu’il a détaillée à Hassan : « Au Mondial, ils ne sont pas tous à 100% ! » et les résultats l’attestent à chaque grand rendez-vous, avec toutes ces surprises auxquelles on assiste si souvent…

A force de discussions, le duo est tombé d’accord sur une stratégie simple : « Il ne pourra pas rivaliser avec les Kenyans ou les Ethiopiens. Mais il se peut se battre contre les Américains, et les Australiens. »

Chris Derrick, l’Américain à suivre

En l’absence de Collis Birmingham, 8ème au Mondial 2013, le chef de file pour l’Australie sera Brett Robinson, mais l’homme à suivre sera indéniablement l’Américain Chris Derrick, qui avait terminé 10ème au Mondial 2013.

L’athlète de 25 ans s’est distingué en ce début d’année en s’imposant dans le très réputé Match International du Cross d’Edimbourg. Le 7 février, sa victoire au Championnat US de cross à Boulder a confirmé ses progrès. En-dehors de ces deux rendez-vous sur terrains, Chris Derrick a disputé une seule compétition, le championnat US sur 2 miles, il y termine 5ème le 28 février.

Chris Derrick arrivera ainsi à Guyiang très light côté compétition, mais alourdi par la très forte pression infligée par les Américains amoureux du demi-fond, toujours avides de breloques clinquantes, et l’imaginant déjà au pinacle…

Hassan Chahdi, lui, sera face à lui-même, prêt à réactiver la combativité qui l’avait propulsé à la 23ème place du Mondial 2011. Pour démontrer que l’équation cross-semi peut s’écrire à l’endroit et à l’envers !

    Texte : Odile Baudrier
    Photo : Gilles Bertrand