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Depuis 2009, Jean Philippe Beal, journaliste au quotidien La Montagne suit et transcrit les exploits de Renaud Lavillenie. Un vrai feuilleton dont un nouvel épisode va s’écrire au stade Pellez comme une nouvelle énigme.

Jean Philippe Beal est à l’heure. Il s’est assis à droite de la tribune réservée à la presse. Il a serré quelques mains, il a salué quelques bénévoles anonymes qu’il croise depuis si longtemps, il a déplié son ordi.

Puis en ajustant ses lunettes,  il jeta un œil panoramique sur la salle Pellez. Les tribunes qui se remplissent tranquillement, le sautoir perche à gauche encore vide, la ligne droite de la longueur nouvellement baptisée Alain Tronqual, les techniciens cameras alignant leurs câbles, des juges déjà assis sur de petits sièges, des photographes déjà anxieux, la lumière perçant à l’horizontal, le décor était posé.

Le nom de Beal est familier aux lecteurs de la Montagne car depuis 2009 année de son arrivée à la rédaction du quotidien régional, il est aux portes des loges, des vestiaires et des mixes zones pour recueillir brèves de sport, confidences pas toujours intimes, petites misères et parfois grand bonheur. C‘est parfois trop bref, dans le tohubohu des fins de match, c’est parfois trop frustrant dans le charivari des victoires, mais il faut faire avec. Un feuillet, rarement plus, à noircir lorsque le silence reprend ses droits, lorsque les troupes ont quitté les champs de bataille.

A Clermont, il y a le rugby et…Lavillenie, Jean Philippe Beal a donc mis un pied dans l’ombre du perchiste arrivé quant à lui un an plus tôt dans la cité Michelin.  Le grand bain, ce fut Berlin. Son premier papier, ce fut un mag retraçant sa carrière. « Il était sur la réserve et comme moi aussi je suis sur la réserve, on a appris à se connaître ». Lavillenie, c’est une mine d’or, la rédac de la Montagne ne va pas le lâcher.

Chaque semaine où presque, elle fait le point avec le perchiste. Au fil du temps, la confiance s’est établie, tout en gardant la distance nécessaire pour ne pas provoquer, irriter. Une ligne de conduire, éviter l’inquisition. Les entretiens sont le plus souvent brefs, parfois, ce n’est pas le bon moment, mais les deux parties s’organisent pour que cela ne morde pas sur la vie « poignée dans le coin » du perchiste. Jean Philippe Beal explique : « Avant, Renaud était sur la défensive, mais il a évolué, il s’est professionnalisé. Il est très minutieux, donc il faut être dans sa programmation. Et surtout depuis les J.O., il est plus à l’aise. Philippe D’Encausse a peut être eu une influence sur ce point pour qu’il soit plus relâché ».

C’est comme une bonne série américaine, une barre, c’est un épisode et à la fin, c’est le duel

Dans la Montagne, la vie de Lavillenie, c’est un feuilleton. Il faut pisser de la copie, parfois c’est court, une simple brève, parfois c’est long, mais les angles d’attaque ne manquent pas car avec Renaud ça attaque, ça dérape, ça engage, ça s’envole, sur le sautoir, sur une moto, en vélo. Il est aussi fan de rugby, un brun jet set, alors les idées, les sujets ne manquent pas. La Montagne organise également un face aux lecteurs. Autour de la table, Renaud, la rédac Sport du quotidien qui en pince pour celui qui décroche les étoiles et des fans intimidés qui veulent croiser le regard de cet équilibriste. Que peut attendre le lecteur qu’un quotidien sur la vie, les perfs d’un perchiste adopté par les Clermontois ? Réponse de Jean Philippe Beal : « Nous devons rester accessibles, mais parfois on n’hésite pas à donner une précision. D’autant plus que Renaud est très à l’aise pour parler technique, séances, sur ses sensations. Alors on peut glisser un détail pour le lecteur athlé. Comme là, pour ce France, il devrait utiliser une nouvelle perche ».

Après une saison exceptionnelle marquée par cet extraordinaire record du monde, la rédaction de la Montagne est cette année sur le qui vive. «On le voit, il a soif de performances alors on fait gaffe ». Message du localier qui l’an passé a loupé Donetsk.

Depuis novembre, ils sont sur le front. Pour les premières séances de muscul, ils sont montés à Pellez. Avant le Capital Perche, ils ont publié un long entretien. Pour ce France, ils sont fébriles. Jean Philippe Beal tempère : « Il faut toujours prendre de la distance. C’est l’émotion du sport, c’est palpitant sur le moment.  C’est comme une bonne série américaine, une barre, c’est un épisode et à la fin, c’est le duel. Et c’est là que Renaud est fort car il est capable d’aller chercher loin pour s’imposer. Là, c’est fort ».

Jean Philippe Beal, c’est un homme de terrain. Il aime le cross, il suit Clémence Calvin depuis toujours. Il aime le trail, il est chaque année aux Templiers dans les parages de Thomas Lorblanchet et d’Anne So, la complice. Il aime l’athlé pour chercher la bonne clef, il dit : « Renaud, c’est une armoire à médaille. Comme tous les grands ambitieux, il a beaucoup d’orgueil, mais là, il est sur le toit du monde ». Il cherche ses mots quelques secondes pour ajouter : « Il est tellement travailleur qu’il est fier de cette légitimité ».

Dimanche soir, dans le silence d’un Pellez assagi, Jean Philippe Beal écrira son papier, le nez sur son écran pour laisser défiler les lignes de mots comme des courses d’élan. Quelle sera sa chute ? L’énigme est totale.

> Texte et photographie Gilles Bertrand