La victoire de Dafne Schippers sur le 200 mètres du Championnat du Monde de Beijing a été impressionnante, par son chrono exceptionnel de 21’’63, soit la 3ème marque de tous les temps. Face à cette performance hors norme, l’accueil a été mêlé d’enthousiasme et d’incrédulité. Une certitude tout de même : la jeune Hollandaise a profité d’une piste Mondo d’un rebond exceptionnel.

Dafne Schippers

Dafne Schippers

Une place dans le cockpit pour l’atterrissage, c’est le privilège offert à Dafne Schippers pour son come back dans son pays après un Championnat du Monde tout à fait exceptionnel. Et pour la saluer, une haie d’honneur s’était formée sur le tarmac de l’aéroport d’Amsterdam, toutes les voitures, techniciens, pompiers, bien alignées pour déployer tous les honneurs à la jeune athlète, qui a fait monter au pinacle les couleurs orange et blanche.

La Hollande toute entière adule déjà ce beau brin de fille, capable de torpiller toutes ses rivales, dans un 200 mètres d’anthologie. Avec trois filles sous les 23 secondes, cette finale de Beijing rejoint les JO de Séoul où Florence Griffith Joyner avait établi le très douteux record du monde de 21’’34.

Dafne Schipers gomme Marita Koch et Heike Drechsler

Une performance accueillie par une déferlante de réactions contrastées. Plutôt teintées d’incrédulité que d’enthousiasme par la presse du monde entier, tellement échaudée par les mensonges passés que le scepticisme devient la règle, face à ce chrono propulsant la jeune Hollandaise au 3ème rang de tous les temps, et lui attribuant le record d’Europe, en gommant la marque détenue par Marita Koch et Heike Drechsler, sous le maillot de l’Allemagne de l’Est.

Le parcours de Dafne Schippers ouvre aussi la porte à certaines spéculations. Elle a brillé comme heptathlonienne, et son virage vers le sprint ne s’est effectué que l’année dernière, à 22 ans, pour se conclure sur un double titre de championne d’Europe, puis par un titre européen en salle.

Elle courait en 11’’19 et 22’’69 à 19 ans

Mais quelques analystes n’ont pas manqué de souligner que son talent de sprinteuse n’est pas née d’hier, et lui permettait déjà de caracoler en 11’’19 et 22’’69 à 19 ans. Et que sa volonté de privilégier les épreuves combinées ne pouvait qu’être néfaste à ses progrès en sprint. Une progression qu’elle a immédiatement connue dès sa réorientation, avec un chrono de 22’’03 sur 200 mètres la saison dernière, la 2ème performance mondiale en 2014.

Tout de même, en une année, elle empoche un gain de 40 centièmes ! La progression ne peut qu’apparaître énorme, même si elle pointait en filigrane dès son 100 mètres, ponctué d’un chrono de 10’’94 et d’une médaille d’argent validant que ses rivales devaient désormais la considérer comme une véritable sprinteuse. Mais là encore, un autre élément dérange : sa couleur… Le monde de l’athlétisme a du mal à admettre qu’une blanche puisse supplanter les athlètes Blacks, tellement dominateurs du sprint.

La piste aux records

De gros chronos qu’un aspect technique peut justifier : le rebond exceptionnel apporté par la piste MondoTrack placé dans le Nid d’Oiseau. La marque italienne Mondo avait déjà installé la piste utilisée pour les JO de Pékin, où cinq records du monde avaient été établis, dont les deux records d’Usain Bolt, sur 100 m et 200 m.

Cette piste démontée depuis 2008, Mondo a recouvert à nouveau les neuf couloirs, avec une « MondoTrack », fabriquée au sud de Turin dans son fief de Gallo d’Alba, et que les techniciens italiens présentaient comme hyper performante dès le début du championnat du monde.

Les faits leur ont donné raison, avec 3 filles sous les 22 secondes sur 200 m, 3 hommes sur les 44 secondes sur le 400 m, 8 hommes sous les 10 secondes en séries du 100 mètres.

Les Italiens de Mondo ont fait un beau cadeau aux sprinters. Tous n’ont pas su en tirer partie. Dafne Schipers en a profité. Et cette piste détonante sera à nouveau celle positionnée dans le stade olympique de Rio.

 Texte : Odile Baudrier
 Photo : IAAF/Getty Images