Les championnats du monde de relais organisés aux Bahamas ont fourni l’occasion de réunir Michael Johnson, Frankie Fredericks et Ato Boldon. Les sprinters étaient tous les trois sur le podium du 200 mètres aux Jeux Olympiques d’Atlanta.

 

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Michael Johnson, Frankie Fredericks, Ato Boldon, le podium du 200 mètres des JO d’Atlanta en 1996, réuni pour le Championnat du Monde de relais

10.318 athlètes. 19.161 journalistes et techniciens. 47.466 volontaires. Ces quelques chiffres symbolisent l’Olympiade d’Atlanta en 1996. Près de 80.000 acteurs pour cet évènement, et pour eux, comme pour les 19 milliards de téléspectateurs, il demeure des ces Jeux Olympiques un moment d’émotion qui n’appartient qu’à lui seul.

Alors quel souvenir gardez-vous du 6 août 1996 et de la finale du 200 mètres ? C’est la question que Phil Minshull de l’IAAF a posé aux trois médaillés olympiques, profitant d’un fait rare, leur réunion lors de la conférence de presse d’ouverture du Championnat du Monde de Relais.

Michael Johnson, Frankie Fredericks, Ato Boldon étaient présents aux Bahamas sous l’étiquette d’Ambassadeurs de l’IAAF. Tous les trois encore très actifs dans l’athlétisme. Michael Johnson, consultant pour la télé, membre de la fondation Laureus, animateur aussi de la structure « Michael Johnson Performance ». Frankie Fredericks, membre du CIO, et de Peace and Sport. Ato Boldon, un temps entraîneur de l’équipe d’Arabie Saoudite.


Michael Johnson, heureux et soulagé

atlanta 3 aLe trio a égrené avec enthousiasme ses souvenirs de cette finale demeurée dans les annales pour le record du monde de 19’’32 établi par Michael Johnson, et alors qu’il venait d’être sacré quelques jours plus tôt champion olympique du 400 mètres. L’Américain se rappelle : « Beaucoup de joie et de soulagement ». Des sentiments mélangés qu’il explicite : « Il y avait beaucoup d’émotions différentes, car j’avais affirmé qu’à ces Jeux, j’allais entrer dans l’histoire. Or j’avais toujours su qu’après le 400 m, le 200 mètres serait beaucoup plus difficile pour moi. »

Michael Johnson qu’on a souvent vu se comporter en arrogant, méprisant ses rivaux, révèle également avoir été mis sous pression par Frankie Fredericks quelques semaines plus tôt lors du meeting de Lausanne. Le Namibien y rate de très peu le record du monde du 100 mètres, par une faute grossière, s’être réjoui trop tôt de sa victoire ! Mais Michael Johnson a bien reçu le message, son principal adversaire est bel et bien prêt pour lui interdire son rêve de doublé…

Frankie Fredericks, vaincu par le public

atlanta 1 aFrankie Fredericks n’y a pas réussi, et a dû se contenter de l’argent, avec un exceptionnel chrono de 19’’68. Pourtant, il ne se révèle pas le moins du monde rancunier, avouant : « Michael a fait sortir le meilleur de moi. » Et surtout, le choix de l’Américain de s’aligner sur le 200 mètres a eu un très gros impact sur le
Namibien : « Michael était un spécialiste du 400 mètres. Moi, du 100 mètres. C’est pour cela que j’ai démarré des entraînements plus longs. J’aurais pu me contenter d’être le détenteur du record d’Afrique, et ne pas travailler aussi dur ! »

Pour Fredericks, un sentiment de la finale d’Atlanta demeure particulièrement fort, celui du soutien inconditionnel du public à l’égard de Michael Johnson. On l’a assez répété, l’athlétisme n’est pas un sport majeur aux Etats-Unis, mais les spectateurs massés dans l’enceinte olympique sont obsédés par les médailles, et portent littéralement leur compatriote vers la victoire. Frankie Fredericks n’a rien oublié de ces instants : « Je me rappelle qu’ils nous avaient fait marcher tout le 200 mètres, je ne sais pas pourquoi ? Et tout le monde criait Michael, Michael. Ils nous ont tués mentalement. J’étais prêt ce jour-là, mais j’ai réalisé alors que c’était un gros avantage de courir face à son public ! »

Et le Namibien conserve encore en mémoire le virage du 200 mètres : « Quand je suis sorti de la courbe, Michael a trouvé une autre vitesse. Je ne sais pas où ? Mais ce sont probablement ces 80.000 personnes qui l’ont poussé ! »

Ato Boldon, sans aucun regret

atlanta 2 aPour Ato Boldon, les choses sont bien différentes. Il n’est alors qu’un tout jeune athlète, encore étudiant à l’Université, il n’est performant au niveau international que depuis une petite année, et il a grandi en regardant Johnson et Fredericks courir.
Cette finale à leurs côtés demeure un moment très particulier : « Dans un coin de mon cerveau, je savais que ces deux gars étaient parmi les meilleurs de l’histoire de cet évènement. Je suis sorti du virage en pleine forme, mais j’étais en ligne 6, et Michael et Frankie étaient à l’intérieur. A 90 mètres, je ne vois personne, je me sens très bien. Et puis les chaussures dorées m’ont rattrapé et le reste est connu ! »

Pourtant il se révèle très pragmatique : « Je pense à cette course sans aucun regret. Je sais que je ne pouvais rien faire ce soir-là pour changer la couleur de ma médaille. Et dans toute ma carrière, je n’ai jamais réussi à courir en 19’’32 ou en 19’’68… »

Le sprinter de Trinidad et Tobago n’a couru qu’en 19’’77, l’année suivante en 1997, sa plus belle saison, avec le titre mondial, et l’olympiade suivante, à Sydney, lui livrera l’argent sur 100 m et à nouveau le bronze sur 200 mètres. Mais le protégé de John Smith achèvera sa carrière sur un épisode douteux, un contrôle positif à l’éphédrine en 2001. Il s’était conclu par un simple blâme de l’IAAF. Mais tout ceci est manifestement de l’histoire ancienne…

  • Texte : Odile Baudrier – photos archives Gilles Bertrand
  • Photo : Getty Images for IAAF