Andre de Grasse, comment Puma a signé le sprinter canadien

9 décembre 2015

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Usain Bolt ne cache plus son intention de quitter la scène athlétique, soit après les Jeux à Rio en 2016, soit après une dernière saison d’adieu en 2017. Pour remplacer la figure emblématique de la marque Puma, le Français Pascal Rolling a conduit les négociations pour accueillir au sein de la marque allemande le jeune sprinter canadien Andre de Grasse. Explications d’une négociation lente et acharnée d’un contrat s’élevant à 11 millions de dollars.

 

« Pour remplacer Usain Bolt ? » Pascal Rolling n’a aucune hésitation pour répondre : « Oui, peut-être qu’au niveau des performances, un sprinter viendra le remplacer. Mais avoir tout comme lui, à ce niveau de charisme, non c’est impossible ».

Pascal Rolling, il fut en 2004 l’artisan du contrat liant le jeune Usain Bolt avec la marque Puma. Onze ans plus tard, c’est encore lui l’observateur avisé puis l’intermédiaire affirmé pour négocier le contrat unissant désormais Andre De Grasse avec la marque allemande.

Entre un séjour en Jamaïque et un autre à Cuba, le 21 juillet 2015, Pascal Rolling fait le voyage pour Toronto où sont organisés les Jeux Panaméricans. Sur 100 mètres, le sprinter canadien Andre de Grasse s’impose autant sur 100 m que sur 200 m. Ces deux victoires confirment son doublé 100 – 200 réalisé le mois précédent, à Eugene, lors des championnats NCAA. Cet étudiant âgé de 20 ans encadre le 100 – 200 en 9’’75 (+ 2,7 m/s) et 19’’58 (+ 2,4 m/s), deux chronos rayonnant en chiffres jaunes sur l’écran géant. Il rentre alors dans les radars de toutes les marques en quête de trouver le futur Bolt.

Trayvon Bromell, second des NCAA derrière De Grasse, c’est New Balance qui décroche la lune

Le futur Bolt ? Une obsession de la part des managers et des marques en chasse pour trouver le successeur du jamaïcain. L’Anglais Adam Gemili déjà signé, idem pour Kemar Bailey Cole, quant à l’Américain Trayvon Bromell, second des NCAA derrière De Grasse, c’est New Balance qui décroche la lune.

Sur le « marché » des prétendants, il ne reste plus que Andre de Grasse. Les négos s’emballent d’autant plus que celui-ci remporte la médaille de bronze à Pékin en réalisant 9’’92. 9’’92, troisième temps sous les 10 secondes pour un sprinter canadien après Donovan Bailey et Bruny Surin (les chronos de Ben Johnson ont été annulés) et 19’’88 record national…c’est mieux que Bolt au même âge (10’’03 et 19’’88), mieux que Gatlin (10’’02), Powell (10’’12 et 20’’48) et Gay (10’’28 et 20’’88). Puma, par son intermédiaire, Pascal Rolling se place sur les rangs : les arguments de la marque : une communication basée sur l’athlète, sur l’histoire et l’héritage du sprint, sur la symbolique forte du 100 mètres en terme de haute performance : «Usain n’est pas éternel, il était le capitaine d’un concept, le symbole de Puma. Nous cherchions un jeune sprinter qui représenterait cela ».

Les négociations ne passent pas directement avec Andre de Grasse. Le règlement NCAA est strict sur ce plan-là. Aucune relation avec quelques sponsors qu’ils soient, même les plus offrants, aucune prime ne peut être perçue pendant toute la scolarité et la période d’éligibilité. La négociation passe donc par l’agent Paul Doyle et la mère, Beverley, une ancienne sprinteuse de Trinidad and Tobago avant qu’elle n’émigre pour le Canada. Outre les aspects financiers, c’est au niveau des études qu’elle s’inquiète. Passer pro oui mais que Andre termine son cycle en sociologie à USC, l’Université South California de Los Angeles réputée pour son cursus cinéma, la proximité d’Hollywood expliquant cela. En parallèle de cela, Pascal Rolling cherche à mieux cerner l’entourage du sprinter entraîné par Caryl Smith Gilbert, une ancienne sprinteuse de niveau nationale, âgée de 46 ans et directrice des programmes Track and Field chez USC : « Nous nous sommes renseignés au maximum de ce qui peut être fait. Mais il y a toujours une prise de risque ».

Usain Bolt, au début, en conférence de presse, il n’était pas capable d’aligner deux mots dans un anglais correct

Finalement, dans un contexte délétère lié aux multiples scandales bombardant le premier sport olympique, Puma remporte ce bras de fer contre les autres marques. Les sommes évoquées : 11 millions de dollars, un contrat pouvant atteindre jusqu’à 27 millions de dollars dans le cas d’une moisson de médailles et de records que seul Usain Bolt était capable de réaliser. Sans oublier les 4 millions de dollars en assurances tous risques si le jeune sprinter est amené à quitter la scène athlétique prématurément en cas de blessure irréversible.

Sur ce point strictement financier, Pascal Rolling met en garde quant à la façon d’interpréter ces montants : « Si ce n’est lié qu’à l’athlé oui cela peut paraître important. Mais si cela est ramené à l’histoire de Puma et s’il remplit les objectifs marketing, alors non ». On présente Andre de Grasse comme discret, voire réservé, humble. Le contraire d’Usain Bolt !? Cela n’inquiète pas outre mesure Pascal Rolling, le Strasbourgeois, qui cette année a fait coup double en signant également la sprinteuse américaine Jenna Prandini : « La personnalité d’Andre, il est vraiment trop tôt pour formuler un jugement. Vous savez, Usain Bolt, au début, en conférence de presse, il n’était pas capable d’aligner deux mots dans un anglais correct. Etre vivant devant la presse, ça s’apprend ».

Pendant trois olympiades, Pascal Rolling a suivi pas à pas la montée en puissance de la flèche jamaïcaine pour qu’elle frappe son cœur de cible. Partageant le destin de cette bête de spectacle, parfois aux premières loges, mais le plus souvent dans l’ombre de cet athlète hors du commun. Aujourd’hui, avec Andre de Grasse, il remet le compteur à zéro. Nul ne connaît le score final !

> Texte : Gilles Bertrand