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Mehdi Frère en difficulté avec l’antidopage

Selon nos informations, à quelques mois des Jeux Olympiques, Mehdi Frère se voit mis en difficulté par l’anti-dopage, en raison de défauts de localisation et/ou no shows. Les éléments précis ne sont pas encore très clairs, entre notification ou pas en application de la règle de trois manquements constatés en 12 mois (*). Mehdi Frère peut bien entendu contester les irrégularités constatées, et obtenir gain de cause. Il n’a pas souhaité répondre à mes questions pour expliciter sa défense, mais a confirmé au média L’Indépendant qu’il avait été questionné par l’AIU sur ses obligations de localisation et en train de formuler ses réponses. Mehdi Frère est officiellement qualifié pour le marathon olympique depuis la fin janvier à la faveur de son chrono de 2h05’45’’ de décembre 2023.

Il avait fait irruption sur le devant de la scène du marathon français à la fin de l’année 2020, à l’occasion du marathon de Valence. Avant même de prendre le départ de l’épreuve, Mehdi Frère, 24 ans à l’époque, avait su créer le buzz autour de lui, en utilisant à merveille les réseaux sociaux, et en particulier Strava. Il y évoluait alors sous le nom de « Hubert Bonnisseur de la Bath », et à la mi-novembre 2020, il avait livré un chrono très impressionnant : un 10 km couru en 27’24’’ et 5 km en 13’32’’, suivi par 15 fois 1’30’’-30’’. C’était énorme, sachant comme il l’avait souligné que la qualification sur 10000 mètres pour les JO de Tokyo s’établissait à 27’30’’, mais aussi comme les esprits chagrins l’avaient constaté qu’il valait seulement 29’24’’ en juin 2019 et 28’08’’ en août 2020.

Mehdi Frère y ajoutait aussi une autre séance marquante, un 32 km couru à 3’05’’ de moyenne, pour en conclure à un pronostic de 2h08’ plus ou moins 30 secondes pour son marathon de Valence du 6 décembre 2020. Il allait le respecter presque à la lettre avec 2h08’55’’.

Une forte progression sur marathon en 2020

L’attention des spécialistes se portait évidemment sur sa forte progression : il était passé de 2h14’25’’ à 2h08’55’’ en une année seulement. Je l’avais alors interrogé pour expliquer sa progression rapide, et il avait eu cette réponse : « Il convient de nuancer en se demandant par rapport à quoi ça serait une évolution «rapide». Ce qui semble rapide de l’extérieur m’apparaît simplement logique. » Car s’appuyant sur deux atouts, chaussures et kilométrage. Avec un compteur qui avait beaucoup augmenté, entre 2019, où sa moyenne d’entraînement tournait autour de 77 km par semaine, avec seulement 2 semaines à plus de 200kms contre une moyenne de 159 km en 2020 et beaucoup de semaine à plus de 200 km. Sans oublier l’autre atout, celui des nouvelles technologies des chaussures, qui permettent, on le sait avec certitude maintenant, « d’enchaîner les kilomètres à l’entraînement ainsi que les séances intenses sans se blesser, ni accumuler de fatigue ».

Mehdi Frère avait alors développé une stratégie : jouer la transparence. Il avait ainsi accepté de répondre aux questions posées sur le nombre de contrôles anti-dopage avant ce marathon de Valence : « Je n’ai pas de chiffre exact concernant mes contrôles antidopage, je peux dire qu’en 2020 j’ai dû être contrôlé 6 à 7 fois dont 3 fois en compétition à peu près ».

Mehdi Frère, un habitué des stages au Kenya

Le sociétaire de Fontainebleau avait aussi souligné son souhait de de renoncer à la confidentialité concernant ses données biologiques personnelles. Pour cela, il avait également affirmé vouloir rejoindre le programme « Quartz Elite ». Ceci exigeait qu’il fournisse l’ensemble de ses examens sanguins réalisés dans le cadre du passeport biologique, des contrôles AFLD et à titre personnel. Toutefois, il n’avait finalement jamais transmis ces documents.

Et Mehdi Frère n’avait nullement apprécié qu’il soit écrit dans l’article paru en décembre 2020 sur spe15 qu’il n’avait pas concrétisé ce projet. Il estimait également qu’en indiquant qu’il ne connaissait pas le nombre exact de ses contrôles, j’émettais des doutes sur sa performance. A partir de là, l’hostilité contre spe15 était montée d’un cran. Avec un paroxysme en début d’année 2024, lors d’un article évoquant les stages des athlètes français au Kenya, pays en grave crise de dopage, décrivant le contexte applicable pour les contrôles anti-dopage à l’étranger. Le nom de Mehdi Frère y était cité parmi ceux d’autres Français, en pleine préparation au Kenya, et le marathonien en avait pris ombrage, estimant qu’à nouveau, le doute était jeté sur lui.

Depuis quelques années, Mehdi Frère avait pris ses habitudes au Kenya comme le font tant de marathoniens français et européens. Pour ses derniers stages, il s’était installé dans le tout nouveau centre ouvert par son manager, Julien Di Maria, et son épouse Joan Chelimo, marathonienne kenyane devenue roumaine. Deux personnes aux parcours surprenants : Julien Di Maria a inventé des résultats de compétitions, début des années 2010, pour obtenir une scolarité aux Etats-Unis, avant de devenir manager pour la société Ikaia Sports et Joan Chelimo a été recrutée en 2021 par le Roumain Carol Santa, à la réputation plutôt sulfureuse compte tenu de ses liens avec des athlètes de Turquie mis en cause pour dopage, avant de connaître sous sa nouvelle nationalité une progression de près de 3 minutes sur marathon pour descendre à 2h18’ en 2022.

Mehdi Frère, à nouveau des progrès énormes fin 2023

A quelques mois des Jeux Olympiques de Paris, Mehdi Frère avait frappé un très grand coup début décembre 2023 avec un chrono de 2h05’43’’. Soit un gain de plus de trois minutes entre Valence 2020 et Valence 2023 ! Un temps canon qui lui octroyait dès la fin janvier 2024 une place dans l’équipe de France Olympique.

En contrepartie, Mehdi Frère rentrait dans les radars des autorités anti-dopage qui, en cette année olympique, ont renforcé leur surveillance des meilleurs athlètes mondiaux. En particulier en intégrant dans le groupe cible de l’Athletics Integrity Unit des athlètes également présents dans le groupe cible de l’AFLD.

C’est ainsi que Mehdi Frère était présent dans les deux groupes. Une double surveillance qui lui aurait été fatale, avec le constat de défauts de localisations et/ou de no shows. Bien entendu, Mehdi Frère conserve la possibilité de se défendre pour faire valoir ses arguments et justifier ces manquements. Dans des procédures semblables, Mouhamadou Fall avait obtenu gain de cause pour obtenir l’annulation d’un des 3 manquements, et terminer sans sanction, alors que Pierre Amboise Bosse, lui, n’avait pu convaincre de sa bonne foi, s’agissant de 3 no shows, et a reçu une suspension de 1 an.

Concernant Mehdi Frère, s’agit-il de no shows (absences lors de la visite du contrôleur anti-dopage), ou de manquements dans les procédures de localisation, désormais scrutées à la loupe par le personnel de l’AFLD, comme de l’AIU ?? Est-ce au Kenya que les irrégularités ont été constatées ?? En début d’année, Julien Di Maria m’avait bien expliqué que les athlètes hébergés au Kechei Center demeuraient sous la surveillance de l’anti-dopage, régulièrement visité par les contrôleurs.

Mehdi Frère, interrogé par mes soins, n’a pas souhaité donner suite à mes questions.

  • Analyse : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.

(*) Il avait été mentionné dans l’article publié le 11 mai à 18 heures, une notification remise à Mehdi Frère lors de l’épreuve organisée le 27 avril en Allemagne par son sponsor Adidas. Mais cette information est contestée par Mehdi Frère dans une réponse formulée au journal « l’Indépendant » « aucune notification pour 3 manquements ne m’a été remise lors d’une course en Allemagne, je ne suis pas sous le coup d’une suspension, et ma participation aux jeux n’est pas remise en cause. Nous répondons avec mon avocat en ce moment à un questionnement de l’AIU concernant mes obligations de localisation, mais à ce jour le manquement n’est pas notifié et aucune procédure n’est ouverte à mon encontre. Il n’est également pas question de no show comme mentionné sur spé 15, je n’ai pas raté le moindre contrôle antidopage. »

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